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 A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]

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Ermaëlle Fyrnam
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MessageSujet: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyVen 14 Sep - 23:01

Ermaëlle en avait assez. Assez. Marchant d'un pas rageur, la jeune femme regardait toujours le feuillet qu'elle tenait entre les mains. Il s'agissait d'une liste dont tous les noms étaient rayés. Tous. Sans exception. Pourquoi ne la voyait-on donc pas comme une acheteuse potentielle ?! Pourquoi ?! Parce qu'elle était seule ? Parce qu'elle avait cet accent dont elle refusait de se débarrasser ?! Pourquoi ?! Elle vivait seule, mais elle vivait bien. Elle avait un accent, mais qu'est-ce que cela pouvait leur faire ?! Étaient-ils obligés de la regarder de haut, avec dégoût, quand elle se mettait à parler ?! Elle était belle, la population du pays libre ! Magnifique, même !

Déchirant sa liste en plusieurs morceaux, la jeune femme les jeta derrière elle, sans même se soucier du fait qu'une autre personne pouvait les recevoir. Elle n'était pas assez bien pour eux ?! Tout ça parce qu'elle était née du mauvais côté de la frontière ? Et encore, mauvais. Tout était relatif ! Qu'ils aillent tous rejoindre leur Dragon prophétique ! Ermaëlle en avait assez !

Assez de cette vie dont elle n'avait jamais voulu, de cet endroit qui ne semblait pas vouloir d'elle ! Assez de ces regards qu'on lui lançait en apprenant qu'elle venait de Karn ou en entendant son accent ! Assez de ses faiblesses ! Assez de ne devoir sa vie qu'à la simple chance ! La chance de n'avoir jamais croisé quelqu'un qui aurait pu lui faire du mal ! Assez de devoir vivre dans la crainte qu'On la retrouve ! Elle n'avait rien demandé de tout cela ! Rien du tout ! Elle ne voulait qu'une chose, vivre paisiblement sur les terres de l'Empire ! Pourquoi son vœu n'avait pas été exaucé ?! Si ces maudits Dieux existaient, ils étaient bien cruels envers leurs créations !

Sentant des larmes lui monter aux yeux, des larmes de rage, la jeune femme se faufila dans une ruelle, afin que personne ne puisse les voir. Elle ne voulait parler à personne ! Pas même à l'une de ses connaissances ! Ils n'éprouvaient sûrement que de la pitié à son égard ! Après tout, elle n'était qu'une toute petite chose fragile, pas vrai ?! Une petite chose fragile élevée dans le froid du Nord, mais fragile tout de même ! Qu'ils gardent tous leur pitié pour eux ! Elle n'en avait pas besoin !  Elle n'avait besoin de personne, de toute façon ! Avait-elle oublié toutes ses leçons ?! Un bon esclave ne fait confiance à personne ! Comment son cœur avait-il pu s'attendrir à ce point ?! Quelle sotte elle pouvait faire !

S'enfonçant d'avantage dans le réseau de rues et de ruelles, la jeune femme fit d'innombrable détours afin de s'assurer que personne ne pourrait la reconnaître. A force de marcher, Ermaëlle finit par se retrouver dans des rues moins fréquentées. Parfait ! Elle ne demandait pas mieux ! Bientôt, la nuit tomberait. Et elle redeviendrait enfin l'ombre qu'elle aurait toujours du être ! Mieux valait arrêter de se voiler la face ! Elle resterait toujours Ermaëlle, Ermaëlle Herzok. Ermaëlle Fyrnam n'était qu'un simulacre, rien de plus ! Elle n'était pas libre ! Elle n'était qu'une esclave en fuite ! Voilà en quoi se résumait sa glorieuse existence ! Glorieuse, tout simplement glorieuse !

Essuyant ses larmes et hâtant son pas, l'ancienne esclave risqua un regard derrière elle. Personne. Toujours personne. Mais cela ne suffisait pas. Elle savait qu'on pouvait toujours l'entendre, si elle disait quelque chose. Ermaëlle ne laisserait pas l'une des ces personnes juger son accent à nouveau. Mais où pouvait-elle bien aller ? Elle ne voulait que trouver la paix !

Trouver la paix... En voilà une bonne idée ! Elle irait là où d'autres reposaient déjà ! Au moins, ils ne pourraient pas se plaindre de son accent, eux ! Ou de ses pleurs et de ses lamentations ! La chose paraîtrait même normale ! Une femme pleurant dans un cimetière, voilà une scène des plus communes ! Tragiquement commune ! Sauf que ce n'était pas pour pleurer quelqu'un qu'Ermaëlle s'y rendait. C'était pour pleurer son ancienne vie !

Après de nombreuses et longues minutes, la jeune femme finit par trouver ce qu'elle recherchait. Pénétrant silencieusement dans le cimetière, le regard d'Ermaëlle passa sur les nombreuses tombes, avant de se reporter sur les allées puis sur le ciel. Le crépuscule laissait peu à peu place à la nuit. Elle était seule et espérait bien le rester aussi longtemps que possible ! Jusqu'au lendemain, même ! La nuit portait conseil, disait-on ! Eh bien, l'ancienne esclave les attendait, ces conseils !

Ermaëlle finit par s'arrêter, ayant remarqué une tombe fort vieille, dont le nom du propriétaire était totalement effacé. Il ne restait guère qu'une pierre tombale, et pas une fleur n'était présente. Un oublié de plus. Comme elle. La jeune femme poussa un long et profond soupir. Voilà ce qui l'attendait, à vivre ici. Exactement le même sort que les autres esclaves, mais de l'autre côté de la frontière. Une tombe qui finirait par être oubliée et que personne ne viendrait plus fleurir, si quelqu'un la fleurissait à une époque. Voilà ce qu'était son avenir. Elle n'était qu'une inconnue, une étrangère. Et elle le resterait.

« Alors, c'est ainsi que se termine l'histoire ? demanda Ermaëlle, à voix haute. J'aurai du mourir à Karn, sous les coups de ces hommes ! Cela m'aurait évité bien des peines ! Pour mourir en inconnue, j'aurai préféré être enterrée sur mes propres terres ! J'aurai peut-être eu la chance d'y retrouver mon sang ! Ici, je n'aurai jamais rien, de toute façon ! Ni famille, ni logis, ni reconnaissance ! Qu'On revienne ! Je l'attends ! Je me laisserai faire ! De toute façon, je n'ai rien pour me protéger de lui ! Pas même une épée ! Une esclave ne manie pas l'épée ! J'aurai du m'en souvenir ! »

A la fin de sa tirade, Ermaëlle se laissa tomber contre la pierre tombale anonyme, ne réprimant même pas le petit cri de douleur provoqué par ses jambes douloureuses. Ces entraînements ne lui avaient procuré rien d'autre que des ecchymoses ! Elle ne savait pas mieux manier une épée qu'un boucher ! Et encore, un boucher aurait plus de facilités qu'elle ! Après tout, une épée n'était rien d'autre qu'un couteau particulier ! Elle n'était même pas capable de blesser quelqu'un ! A quoi bon continuer les frais ?! Le moment venu, Ermaëlle ne serait qu'une proie facile, rien de plus ! Elle ne faisait que repousser une fatale échéance !

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyDim 16 Sep - 17:04



Le cimetière hérissait ses pierres tombales sous la lumière du couchant. C’était un endroit silencieux et vide de monde. L’on entendait quelques fois une veuve éplorée qui venait s’agenouiller auprès d’une tombe, mais il n’y avait autrement que des passereaux pour bercer le sommeil des défunts sous la terre. Même si cela le rendait souvent bien triste, Unwyn appréciait de temps à autres le silence. Lui qui d'ordinaire réfléchissait assez peu allait méditer, songer et rêver en errant, fantôme doux, à travers les allées pierreuses où l’herbe s’obstinait à trouver un moyen de pousser.

Et sans se questionner sur les normes de respect et de bienséance, l’homme enjambait les tombes, grimpait sur les mausolées et s’adossait aux stèles, sans mauvaise intention, seulement pour profiter au mieux d’une expérience sensorielle que lui offrait cette part de nature en bordure de la ville.
Il avait passé une journée particulièrement animée. Et surtout, il avait bien trop réfléchi. Et diable ce qu’il n’aimait se casser la tête avec de la paperasse, argumenter avec la prose des banquiers et l’éloquence d’autres charlatans qui se faisaient passer pour de grands marchands auprès des étrangers. Il venait d’arriver à la fière capitale d’Hentenlaüd, pays bien connu pour sa prospérité et l’abondance de ses richesses, avec l’espoir de faire fortune en comptant sur ses dispositions pour le métier de tailleur. Il était arrivé confiant, certain de rivaliser avec les plus grandes galeries, mais s’était trouvé bien désarçonné en voyant le détail et le raffinement des atours de certaines précieuses Dames qui circulaient dans les rues. Il allait devoir se livrer corps et âme à son ouvrage s’il voulait s’élever à la hauteur de ses ambitions, et dompter les goûts capricieux de cette populace. Il allait devoir étudier minutieusement.

Unwyn jeta sa tête en arrière en s’ébouriffant. Une chose à la fois. Trouver un logement, un emplacement pour sa boutique, idéalement superposés ou juxtaposés. Il devait aussi prendre en compte Miscó. La jument méritait davantage qu’un abri petit et fermé.
Il y avait tant de choses à prendre en considération… C’était un labyrinthe de choix et il y avait au moins autant de sorties vers le désastre que de sorties aboutissant au succès.

Quoi qu’il en soit, après toutes ces tortures, cette quiète promenade au cimetière était plus que bienvenue.
Il allait vers un coin tranquille, où se lamentait un cèdre pleureur qui balançaient ses épines bleues sous la brise. En passant devant une sépulture, Unwyn manqua de faire tomber un vase dont le bouquet était sec et flétri. Il le rattrapa tout juste, non sans éprouver une sueur froide, et se félicita de son réflex. Puis, il entendit une voix derrière l'arbre.

« Alors, c'est ainsi que se termine l'histoire ? J'aurai du mourir à Karn, sous les coups de ces hommes ! Cela m'aurait évité bien des peines ! Pour mourir en inconnue, j'aurai préféré être enterrée sur mes propres terres ! J'aurai peut-être eu la chance d'y retrouver mon sang ! Ici, je n'aurai jamais rien, de toute façon ! Ni famille, ni logis, ni reconnaissance ! Qu'On revienne ! Je l'attends ! Je me laisserai faire ! De toute façon, je n'ai rien pour me protéger de lui ! Pas même une épée ! Une esclave ne manie pas l'épée ! J'aurais dû m'en souvenir ! »

Unwyn ouvrit de grands yeux, et se redressa. Quoi ? Qu’ouït-il ? Une demoiselle en détresse ? Voilà qui réveilla ses vieux instincts chevaleresques, ses valeurs de galanterie, d’honneur et de noblesse.
Il contourna l’arbre pour voir le visage de la pauvre Dame qu’il s’en allait secourir. Elle était comme une flamme, ses longs cheveux adorablement roux étaient sublimés par la rougeur du ciel du soir. Ah, elle n’avait rien des dindes qui peignaient leurs mouches et serraient leur corset jusqu’à l’étouffement !

Amusé, Unwyn joignit les mains derrière son dos. Heureusement pour sa crédibilité, il n’avait pas de rose entre les dents, mais il était déjà bien suffisamment paré de son grand sourire caractéristique.

« Ma Dame, est-ce bien de la peine que je discerne dans votre voix ? Vous parlez avec tant de fatalité… Puis-je vous demander ce qu’il vous arrive donc ? » s’enquit-il, tête penchée.

Et comme il était habitué à être entouré de sa famille originaire du nord, il ne prêta même pas attention à cet accent rude qui ornait la voix de la jeune femme, car il n’avait pour lui rien d’exotique.
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyDim 16 Sep - 22:18

Toujours adossée à la pierre tombale, Ermaëlle replia ses jambes, ramenant ses genoux contre son menton. D'un mouvement de bras pour le moins las, la jeune femme couvrit ses jambes de sa longue et épaisse cape sombre, se protégeant ainsi de la fraîcheur de la nuit. Fraîcheur dont elle ne se plaignait pas, au demeurant. L'ancienne esclave était habituée au froid. Cette fraîcheur était même agréable, d'une certaine façon. Mais ainsi enveloppée, Ermaëlle avait l'impression de se confondre avec l'ombre ambiante, de ne faire qu'un avec elle.

« Ma Dame, est-ce bien de la peine que je discerne dans votre voix ? Vous parlez avec tant de fatalité… Puis-je vous demander ce qu’il vous arrive donc ? » s’enquit une voix masculine.

Perdue dans ses pensées, la jeune femme n'avait même pas prit garde aux bruits annonçant la venue d'un autre Être en ces lieux. Pourtant, des pas s'étaient bel et bien rapprochés. Aussi, Ermaëlle sursauta en entendant la voix du nouveau venu. Cependant, l'ancienne esclave se remit rapidement de sa surprise, dardant le jeune homme d'un regard froid. Et dire qu'elle pensait trouver la paix ici ! Surtout à une heure pareille ! La jeune femme s'était bien trompée ! Une fois de plus ! Elle devrait en avoir l'habitude, à force !

« … En quoi cela vous regarde-t-il ?! lança Ermaëlle, d'une voix emplie d'une profonde colère. Vous aussi, vous allez vouloir m'aider ?! Sottises ! Vous ne pouvez rien pour moi, pas plus que les autres ! Fichez-moi le camp ! Je n'ai que faire de votre pitié ! Allez-vous-en ! »

La jeune femme avait presque hurlé ses derniers mots, des larmes de colère, de rage et de tristesse coulant sur ses joues. Mais Ermaëlle n'avait que faire de ses propres larmes. Malgré leur présence, elle fixait toujours le nouveau-venu, attendant son départ. Qu'attendait-il pour déguerpir ?! Ah oui, elle avait oublié ! Personne ne risquait de la prendre au sérieux, personne ! Après tout, elle n'était qu'une adversaire, une ennemie ! Et ce, même si ses jambes étaient en charpie, couturées de cicatrices, et d'ecchymoses ! Même si l'ancienne esclave qu'elle était n'avait jamais touché une épée avant son arrivée en ces lieux ! Alors qu'elle avait aidé des gens dans une pire situation que la sienne, qui n'avaient même pas les mots et les livres pour s'évader ! Elle avait écrit pour eux, elle les avait entendu parler de leurs malheurs et de leurs joies, les avait même rassurés que cela s'était révélé nécessaire ! Mais malgré tout, Ermaëlle n'était qu'une ennemie, une sorcière au cœur de glace venue du nord !

Personne ne voyait donc tous les efforts que la jeune femme avait fait pour s'intégrer ?! A son chevet, on ne trouvait que des livres parlants de ce Royaume, qui lui était encore méconnu ! Des livres d'Histoire, de lois, de coutumes ou de traditions ! Ermaëlle allait finir par en savoir plus que certains habitants de la capitale, à force de compulser autant d'ouvrages ! Mais non, aux yeux de certains, elle restait, et resterait, une étrangère !

Et pourquoi donc ? Juste parce qu'elle restait attachée à son accent, sa manière de parler ? Parce qu'il lui arrivait de conter des histoires qu'elle avait entendu pendant son enfance ? De penser à Maître Dyarm, à Dame Nyama ou à d'autres esclaves ? Parce qu'elle n'était pas encore familière des us et coutumes de ce Royaume ? Ermaëlle ne pouvait tout de même pas effacer toute sa vie pour faire plaisir aux gens vivants en ces lieux ! Ils n'avaient pas le droit de lui imposer un tel calvaire ! Ils n'en avaient pas le droit !

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyLun 1 Oct - 22:38



La jeune femme à la chevelure flamboyante redressa la tête avec brusquerie.

« … En quoi cela vous regarde-t-il ?! Vous aussi, vous allez vouloir m'aider ?! Sottises ! Vous ne pouvez rien pour moi, pas plus que les autres ! Fichez-moi le camp ! Je n'ai que faire de votre pitié ! Allez-vous-en ! »

Unwyn arqua les sourcils et ouvrit de grands yeux étonnés. Voilà qui était bien rude ! Cela dit, c’était tout naturel. Cette Dame déboussolée n’était visiblement pas en état de recevoir ni aide ni soutien. Mais Unwyn ne voulut pas se résoudre à lâcher prise, et à la laisser tranquille. Non, il était de son devoir de gentilhomme de la consoler ! De lui rendre sourire et joie !

Le jeune homme leva innocemment les mains en haussant les épaules, ne se laissant pas désarçonner par la violence de ces mots qui le rejetaient. Ce n’était que des mots. Bien au contraire, cela ne fit, en un sens, que l’égayer.

« Allons, allons ! Je vois bien que vous n’êtes pas d’humeur à recevoir une quelconque compagnie, mais je ne peux pas me permettre de laisser une Dame en proie à ses démons. » Unwyn s’approcha et s’installa en face de l’inconnue, prenant l’allure d’un grand sage, repliant son long manteau sous lui pour s’asseoir dessus. « Je vous vois épancher vos larmes auprès d’une tombe. Auriez-vous perdu quelqu’un récemment ? » hasarda-t-il en essayant de se montrer délicat.

S’il avait eu des lunettes, il les aurait chaussées comme un médecin pour se donner un style professionnel. Mais il allait rester poète pour ce soir. Par rapport à tous les défis d’intelligence qu’il avait dû réaliser dans la journée, et avec lesquels il s’était senti assez peu à l’aise, ce dernier lui semblait bien plus relevable.

Comme la jeune femme ne disait toujours rien et le regardait avec une fureur telle qu’elle aurait fait fuir un dragon, il ajouta pour justifier son entreprise et peut-être espérer l’apaiser un peu.

« Je ne vous veux rien de mal ma Dame. Je suis un être de bien, je crois. Et quelqu’un que je sais très sage m’a un jour dit simplement que “un problème une fois partagé, en mobilisant les esprits, se trouve alors potentiellement moins irrésoluble.” S’il faut j’attendrai. Mais partir en vous laissant dans un état pareil, ce serait violemment heurter mes valeurs. Allons, je vais me taire un peu. Pour ne pas vous agacer davantage, je vais respecter le silence que vous me commandez. »
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyMer 3 Oct - 0:24

« Allons, allons ! Je vois bien que vous n’êtes pas d’humeur à recevoir une quelconque compagnie, mais je ne peux pas me permettre de laisser une Dame en proie à ses démons. Je vous vois épancher vos larmes auprès d’une tombe. Auriez-vous perdu quelqu’un récemment ?  »

Ermaëlle n'avait rien d'une Dame ! Quand allait-on le comprendre ?! Elle n'en avait que les manières, et encore ! Elle n'était qu'un simulacre, un reflet quelque peu déformé d'une femme de la noblesse de Karn ! Nyama était une vraie Dame, elle ! Et était-ce si compliqué d'avoir un peu de calme dans cette ville ?! A croire que les habitants de cette capitale ne dormaient jamais ! Même en pleine nuit, certains trouvaient judicieux le fait de se promener !

Perdre quelqu'un... Quelle douce ironie ! Ermaëlle n'avait plus rien ! Le mot famille lui était inconnu ! On l'avait arraché aux bras de sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant ! Peut-être même que c'était sa propre mère qui l'avait vendu ! C'était possible, après tout ! Les plus pauvres en arrivaient parfois à cette extrémité, pour survivre ! Quand l'hiver était trop rude, certaines familles ne pouvaient pas se permettre d'avoir des bouches inutiles à nourrir !

« Vous savez que je ne viens pas d'ici. Tout le monde le sait ! Qui aurais-je pu perdre en ces lieux ?! Personne, la réponse est pourtant fort simple ! Je n'ai personne ! Les liens de sang ne veulent rien dire, pour moi ! Je laisse ça aux habitants de ces lieux ! Ils comprennent bien mieux le monde que moi, il semblerait ! » s'exclama la jeune femme, sur un ton cinglant.

L'ancienne esclave n'avait que faire du ton délicat de cet inconnu. Le dardant toujours de ce même regard froid, Ermaëlle aurait tout donné pour le voir disparaître ! Que lui voulait-il, enfin ?! Elle ne voulait pas de son aide ! Pourquoi persistait-il dans cette voie ?! Pourquoi s'était-il installé avec elle ?! Il n'avait donc rien de mieux à faire ?! Ses problèmes n'appartenaient qu'à elle seule ! Si la jeune femme ne pouvait se protéger, elle ne voulait pas partager son sort avec d'autres personnes ! Elle aurait du garder ce maudit ouvrage et le brûler ! Ses affreux secrets auraient disparu avec lui, ainsi ! Si la jeune femme avait ainsi agis, la situation serait la même, si ce n'est qu'On ne pourrait pas récupérer ce qu'il recherchait tant. Sa vie ne vaudrait pas plus mais au moins, elle n'aiderait jamais ces criminels ! Ils auraient pu la torturer, la tuer, cela n'aurait rien changé ! Le feu ne pouvait pas parler !

« Je ne vous veux rien de mal ma Dame. Je suis un être de bien, je crois. Et quelqu’un que je sais très sage m’a un jour dit simplement que “un problème une fois partagé, en mobilisant les esprits, se trouve alors potentiellement moins irrésoluble.” S’il faut j’attendrai. Mais partir en vous laissant dans un état pareil, ce serait violemment heurter mes valeurs. Allons, je vais me taire un peu. Pour ne pas vous agacer davantage, je vais respecter le silence que vous me commandez. »

« Vous ne pouvez rien pour moi ! D'autres ont déjà essayé ! Et à quoi a servi leur aide ? Je vous donne la réponse. A rien ! Strictement à rien ! Je ne suis pas plus heureuse qu'avant et encore moins en sécurité ! Ces murailles ne peuvent pas protéger de toutes les attaques ! Mais ils ne le comprennent pas... Pour eux, je ne suis sûrement qu'une bizarrerie ! Une bizarrerie venue du Nord qu'il faut acclimater ici par tous les moyens, quand bien même ce n'est pas ce qu'elle désire ! Avez-vous un rêve ? Je suppose que oui ! J'en avais énormément, des rêves... Avant. Maintenant, ce sont des cauchemars qui animent mon être. Je ne vis que dans l'attente du prochain, en espérant qu'il sera le dernier. Mais à chaque fois... A chaque fois... A chaque fois un pire encore le remplace ! A chaque fois ! »

Ermaëlle avait hurlé ses derniers mots. Un hurlement de colère, mais surtout d'immense peine. Qu'elle aurait aimé rester ignorante ! Il n'y avait rien de pire que le savoir ! Il n'apportait pas que le pouvoir ! Il était aussi l'annonciateur des pires drames ! Le visage baigné de larmes, la jeune femme enfouit son visage dans son épaisse cape, étouffant ainsi quelque peu ses sanglots. Qu'elle aurait aimé être chez elle, à cet instant. Auprès des autres esclaves, autour du feu. Correspondre avec Maître Dyarm. Qu'elle aurait aimé retrouver Nyama, discuter avec elle, lui faire la lecture ! Mais c'était impossible. Tout simplement impossible...

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyMer 10 Oct - 21:42




« Vous ne pouvez rien pour moi ! D'autres ont déjà essayé ! Et à quoi a servi leur aide ? Je vous donne la réponse. A rien ! Strictement à rien ! Je ne suis pas plus heureuse qu'avant et encore moins en sécurité ! Ces murailles ne peuvent pas protéger de toutes les attaques ! Mais ils ne le comprennent pas... Pour eux, je ne suis sûrement qu'une bizarrerie ! Une bizarrerie venue du Nord qu'il faut acclimater ici par tous les moyens, quand bien même ce n'est pas ce qu'elle désire ! Avez-vous un rêve ? Je suppose que oui ! J'en avais énormément, des rêves... Avant. Maintenant, ce sont des cauchemars qui animent mon être. Je ne vis que dans l'attente du prochain, en espérant qu'il sera le dernier. Mais à chaque fois... A chaque fois... A chaque fois un pire encore le remplace ! A chaque fois ! »


Tout du long qu’elle parlait – ou criait – Unwyn gardait les yeux baissés. Il l’écouta attentivement, en clignant lentement alors qu’il fixait au pieds des tombes quelques les nids de fleurs d’automne encore écloses.
Autant qu’il saisissait le sens de ces phrases, et peut-être même plus encore, il apprécia la richesse de sa langue et la poésie qu’elle y mettait à traduire tant bien que mal ses maux en mots. En cela, il crut comprendre qu’elle n’était pas une simple paysanne inculte ; mais une Dame de savoir et de raffinement. Bien usée déjà, sa voix finit cependant par se briser, et dans un ultime élan d’émotion, se mua en sanglots affolés. Elle plongea son visage dans sa cape, misérablement recroquevillée.
Ému mais calme, le jeune homme la laissa aller encore un petit instant, se mettant distraitement à enfiler des pâquerettes.

« Eh bien, quel organe…! » plaisanta-t-il en s’accoudant à ses genoux. Il marqua un temps, évaluant sa chenille de pâquerettes. (oue oue) Puis questionna : « Vous venez de Kartendark ? Quelle heureuse coïncidence ! Je suis moi-même originaire de Karn. Oui, je sais, je sais, je n’en ai pas vraiment l’air. Quoique, je me trouve tout de même un certain charme nord… Enfin. Enfin tout cela est une longue histoire. Tout cela pour vous dire que moi-même je suis étranger. En fait, je suis nouveau en ville. Et même en Hetenlaüd.»

À dire vrai, il se demandait bien pourquoi elle souffrait ainsi – car visiblement, elle avait l’air de souffrir beaucoup – et comment cela se faisait-il. Cependant, le lui demander était comme remuer le couteau dans la plaie et c’était loin de là son intention. Comme il tenait lui recoudre le coeur, revenant sur un détail qu’il croyait mal avoir compris, il interrogea :

« Qu’entendiez-vous par “cauchemars”, ma Dame ? »

_________________
Monsieur parle en 92cdbb

Grand, silencieux, mobile océan d’or
Illumine mes yeux quand le Soleil s’endort.

Je rêve de voguer sur le doux dos des dunes
avançant, sans regret, au gré de la fortune.
Pâle lune de nacre, carillon des étoiles
Donnez donc à mes songes . . . . . .
. . . . . . quelques reflets opals.

J’essaie de rebâtir mes mondes chimériques
Mais je ne construis que des palais hystériques.
Car l’horizon troublante de la vastitude
Me manque.
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyJeu 11 Oct - 23:12

« Eh bien, quel organe…! remarqua le jeune homme, sur le ton de plaisanterie, avant de marquer une pause. Vous venez de Kartendark ? Quelle heureuse coïncidence ! Je suis moi-même originaire de Karn. Oui, je sais, je sais, je n’en ai pas vraiment l’air. Quoique, je me trouve tout de même un certain charme nord… Enfin. Enfin tout cela est une longue histoire. Tout cela pour vous dire que moi-même je suis étranger. En fait, je suis nouveau en ville. Et même en Hetenlaüd. »

« Alors je vous souhaite de ne jamais connaître mes déboires... Soyez heureux en ces lieux, si vous le pouvez... Mais votre voix sonne clair... Vous devriez avoir plus de chance que moi... » bredouilla Ermaëlle, amère.

Essuyant ses larmes d'un revers de sa manche, la jeune femme finit par remarquer le curieux assemblage floral. Ce jeune homme était décidément bien étrange... Venir dans un cimetière pour fabriquer des couronnes de fleurs, en voilà un comportement pour le moins particulier... L'ancienne esclave poussa un nouveau soupir. Elle avait bien du mal à croire qu'elle et l'inconnu étaient tous deux originaires de l'Empire, et de Karn, a fortiori. La teinte de sa peau lui faisait plutôt penser à un habitant du Laïos ou de l'Archipel de l'Ouest, peut-être. A moins qu'il ne s'agisse d'un métisse, comme l'était Farban... C'était possible, après tout, et cela expliquait aisément la couleur de sa chevelure ainsi que son absence d'accent... Au moins, les habitants le verraient peut-être d'un œil plus chaleureux, même si les Nations du Laïos avaient laissé de très mauvais souvenirs à une partie de la population du Royaume...

« En effet... Si vous ne me l'aviez pas annoncé, j'aurai mis ma main au feu que vous étiez originaire du Laïos ou de l'Archipel de l'Ouest. avoua Ermaëlle, sur un ton quelque peu abrupt. Vous recevrez sûrement un meilleur accueil que celui qui fut le mien. En tout cas, je l'espère pour vous... » termina la jeune femme, sur le même ton.

Prudemment, la jeune femme se redressa, remettant sa cape convenablement. Reniflant à la fois par dédain et par chagrin, Ermaëlle se détourna de l'inconnu, prête à lui fausser compagnie. Si sa colère semblait s'être apaisée, il n'en était rien. La chaleur qui l'avait envahit quelques instants auparavant s'était muée en une colère froide, glacée. Une colère d'esclave, comme le disait parfois Maître Dyarm. Ne pouvant exposer leur frustration publiquement, les gens de sa condition se devaient de se défaire de leurs sentiments à l'insu de tous. Et c'était ce qu'Ermaëlle comptait faire. Et pour cela, la présence d'un inconnu ne lui était guère utile.

« Qu’entendiez-vous par “cauchemars”, ma Dame ? »

Quand l'inconnu l'interrogea sur ses cauchemars, Ermaëlle s'arrêta. Il y avait tant à dire sur cette question... Et si le sommeil de la jeune femme n'était pas des plus sereins, ce n'était pas pour autant qu'elle parlait de ce type de cauchemars. Vivre était devenu son cauchemar, son calvaire, à l'instant même où elle avait posé son regard sur ce maudit livre ! A Karn, elle aurait pu vivre la vie qui lui convenait, aux côtés de Dame Nyama et de Maître Dyarm ! Mais On en avait décidé autrement et l'avait jeté sur les routes, elle, une esclave à talent qui n'avait jamais demandé une pareille chose ! Et même après être arrivée ici, à Hetenlaüd, rien n'avait changé ! Elle avait travaillé pour mieux tout perdre par la suite ! Déjà que la jeune femme n'avait pas grand chose ! Si elle perdait le peu qui lui restait, il ne lui resterait plus qu'à s'en retourner sur les routes pour fuir ce nouveau cauchemar au plus vite !

« … Je n'ai pas quitté Karn par choix... On m'y a forcé... J'ai tout perdu, et naïvement, je pensais peut-être trouver un peu de paix en ces lieux... Et je me suis lourdement trompée... Et cessez de m'appeler '' Dame '' . Je n'en ai que les manières, pas le sang. » maugréa Ermaëlle.

La jeune femme resta immobile un moment, croisant ses bras au niveau de son ventre. Aurait-elle du continuer de fuir ? Peut-être... Mais pour aller où ? Viteneul aurait peut-être bien voulu d'elle... Ou peut-être l'Archipel de l'Ouest. Pourquoi pas, après tout ? Tout aurait mieux valu que ce Royaume... Absolument tout... Cela lui aurait permit de se faire oublier un peu... Ermaëlle ne savait même pas pourquoi elle s'était arrêtée à Hantonael... Peut-être parce que cette ville lui rappelait son foyer, d'une certaine façon ? Non, c'était absurde... Totalement absurde...

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyDim 18 Nov - 21:52


« … Je n'ai pas quitté Karn par choix... On m'y a forcé... J'ai tout perdu, et naïvement, je pensais peut-être trouver un peu de paix en ces lieux... Et je me suis lourdement trompée... Et cessez de m'appeler '' Dame '' . Je n'en ai que les manières, pas le sang. »

« Trouver la paix dans une grande ville, en voilà une drôle d’idée ! Ce n’est pas l’endroit le plus quiet du monde, c'est certain. Criminalité, foules, scandals… Si j’avais eu pour objectif de trouver la tranquillité, je ne serai pas venu ici. Hm, je serai sûrement allé à Viteneul. Et j’irai un jour. Tenez, marchons un peu. Vous allez m’en dire plus. »

Sur ces mots, il se leva, s’épousseta et lui offrit son bras en tout noble gentilhomme qu’il était. Comme elle ne semblait pas convaincue de son geste, il rendit so’ attente insistante et ne reprit la conversation qu’une fois seulement qu’il se furent mis en marche – probablement devait-elle se dire qu’elle n’avait pas le choix vu qu’il ne la lâchait pas d’une semelle.


« Navré. Je n’ai pas de mouchoir à vous offrir. Seulement de la conversation. N’avez vous aucun refuge ? De la famille, ou des amis ? Si c’est le cas, c’est que vous n’avez pas tout perdu. Une passion ? Vous m’avez l’air plutôt littéraire, mais je peux me tromper. Parlez-moi de vous ! Nous trouverons une solution, ma D… Hm. Mhm... Comment dois-je vous appeler ? »

Ils se promenèrent un moment entre les tombes et les mausolées, à pas tranquilles. La nuit était désormais bien levée et la lune, haute dans le ciel, inondait de le cimetière de sa lumière nacrée. Il n’y avait plus personne. La vieille veuve s’en était retournée chez elle, les oiseaux s’étaient tus et les liserons avaient repliés leurs corolles. Les autres fleurs avaient elles aussi clos leurs pétales quand l’effraie avait annoncé le couvre-feu de son cris strident.
Pendant un moment, une bonne heure peut-être, il échangèrent quelques bribes de vie – en réalité, ce fut Unwyn qui monopolisa la parole de plus en plus, parce qu’il était ce genre de personne débordante et insupportable qui ramenait toujours tout à lui d’une façon ou d’une autre bien que cela n’était jamais sa volonté, quoiqu’il appréciait beaucoup exacerber ses qualités, terreau de son narcissisme bien cultivé. Il fallait dire qu’il savait rendre sa vie intéressante, malgré tout. Il avait dans la voix le timbre et l’entrain qui seyait parfaitement à sa personnalité tragicomique. C’était peut-être pour cela qu’on ne lui disait bien moins souvent qu’il ne le méritait un bon “ferme-la !”

C'est ainsi qu’il conta fièrement à la jeune femme qu’il avait appris à dresser des chevaux dès ses 10 ans tout comme il avait appris à se battre, même en les chevauchant. Il lui confia qu’il était certes originaire de Kartendark, mais qu’en effet, comme elle l’avait remarqué quelques instants plus tôt, il avait dû rejoindre sa famille à Laios, pour fuir l’esclavage. Il lui parla de sa cousine qui était à la fois si féroce et si tendre, si douée avec les animaux, que c’était elle qui lui avait confié sa superbe jument Miscó qu’ils avaient apprivoisée ensembles, et qu’elle était toujours volontaire pour expérimenter ses fantaisies vestimentaires ; c’était son mannequin, son essayeuse particulière. Ce faisant, il lui expliqua ce qui l’avait amené à Hetenlaüd, ses projets de grandes fortunes, et vanta – sous couvert de la fausse humilité dont il se convainquait toujours – le talent qu’il avait dans son domaine d’expertise, combien il était original, innovateur et visionnaire.
Parfois, il s’emballait tellement dans ses récits qu’il en oubliait de se soucier de savoir s’il captait toujours son attention à la charmante rouquine. Qu’il aimait parler de lui et de ses mille et une vertus !

“Elle s'en fout. Tout le monde s'en fout. Alors boucle-la.”
La plate et grondante voix de Nimue dans sa tête le réveilla, et lui fit prendre conscience d’une qu’il parlait trop fort, de deux que de fil en aiguille, il s’était complètement désintéressé du souci de la jeune femme. Pris d’une soudaine et fébrile culpabilité, il s’arrêta.

« Misère. Arrêtez-moi, quand je babille ainsi. C’est que j’ai tant à dire, et entre toutes les formalités auxquelles j’ai dû me plier aujourd’hui… Pff, cela ne m’a pas tant donné l’occasion de converser un peu. » Le jeune homme se gratta la tête, un peu embarrassé. Mais finalement qu’un peu. « Oublions cela. Un verre, ça vous dit ? »

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Donnez donc à mes songes . . . . . .
. . . . . . quelques reflets opals.

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyMer 21 Nov - 0:36

« Trouver la paix dans une grande ville, en voilà une drôle d’idée ! Ce n’est pas l’endroit le plus quiet du monde, c'est certain. Criminalité, foules, scandales… Si j’avais eu pour objectif de trouver la tranquillité, je ne serai pas venu ici. Hm, je serai sûrement allé à Viteneul. Et j’irai un jour. Tenez, marchons un peu. Vous allez m’en dire plus. »

Si Ermaëlle avait jeté son dévolu sur la capitale, c'était pour une toute autre raison. Les lieux aussi peuplés conféraient un certain anonymat. Et la jeune femme en avait cruellement besoin. Sa vie ne tenait pas à grand chose. L'ancienne esclave n'était encore de ce monde qu'uniquement grâce à la fuite et aux cachettes qu'elle avait pu trouver. On avait beau dire, certaines personnes n'étaient pas faites pour le maniement des armes... Et quand bien même cela avait été le cas pour elle, face aux meurtriers de sa maîtresse, Ermaëlle savait très bien qu'elle n'avait aucune chance...

C'est alors que l'inconnu se leva, la rejoignant en quelques pas. En voyant qu'il lui offrait son bras, la jeune femme lui lança un regard glacé, malgré les quelques larmes qui roulaient toujours sur ses joues. Ne pouvait-il pas se contenter de marcher à côté d'elle, comme n'importe qui le ferait ?! Elle n'était pas une Dame, elle pensait lui avoir assez répété pour que ce détail se grave dans sa mémoire ! L'ancienne esclave n'avait guère besoin de sa galanterie ! Hélas, le jeune homme ne semblait pas vouloir avancer sans elle à ses côtés. De mauvais grâce, Ermaëlle lui saisit donc le bras, espérant au plus profond d'elle-même que cette mascarade ne durerait pas longtemps...

« Navré. Je n’ai pas de mouchoir à vous offrir. Seulement de la conversation. N’avez vous aucun refuge ? De la famille, ou des amis ? Si c’est le cas, c’est que vous n’avez pas tout perdu. Une passion ? Vous m’avez l’air plutôt littéraire, mais je peux me tromper. Parlez-moi de vous ! Nous trouverons une solution, ma D… Hm. Mhm... Comment dois-je vous appeler ?

- … Ermaëlle... maugréa la jeune femme. Et pour votre gouverne, je n'ai jamais eu de famille. Mon sang est trouble. Personne ne sait d'où je viens, pas même moi... La famille... C'est un mot qui m'est inconnu... » termina-t-elle, sur le même ton.

La jeune femme ne souffla pas un mot de plus. Le jeune homme lui semblait bien à même de tenir une conversation sans son aide. Aussi, l'ancienne esclave écouta silencieusement les propos de l'inconnu... Qui n'en fut plus réellement un par la suite, tant Unwyn n'était pas avare en détails sur sa propre vie. Plusieurs fois, Ermaëlle détourna le regard, s'intéressant à certaines tombes plus en détails. L'enlumineuse était habituée à avoir un rôle passif dans les conversations. Les esclaves se devaient d'écouter, et non pas de donner leur avis. Il n'y avait guère que Dame Nyama pour discuter avec elle...

« Misère. Arrêtez-moi, quand je babille ainsi. C’est que j’ai tant à dire, et entre toutes les formalités auxquelles j’ai dû me plier aujourd’hui… Pff, cela ne m’a pas tant donné l’occasion de converser un peu. »

Ainsi, ce curieux jeune homme était venu chercher gloire et fortune à la capitale. Comme beaucoup d'autres, sans doute... Mais Ermaëlle se garda de tout commentaire. C'est alors que le jeune homme se tut, puis s'arrêta. Quelque peu étonnée, l'ancienne esclave reporta son attention sur lui, l'interrogeant du regard. Unwyn lui semblait comme gêné, bien que la jeune femme puisse se tromper.

« Oublions cela. Un verre, ça vous dit ? »

En entendant cette curieuse proposition, la jeune femme darda à nouveau le jeune homme d'un regard glacé. Ainsi, elle lui paraissait désespérée à ce point ?! Grande nouvelle ! Semblait-elle si vulnérable ?! A cette pensée, Ermaëlle serra les dents. Ainsi, tout le monde la voyait comme une petite chose sans défense qu'il était simple de maîtriser... Parfait... Tout bonnement parfait...

D'un autre côté, il fallait avouer que l'ancienne esclave n'avait aucun endroit où aller... Pas question de rentrer chez Ismelle... La jeune femme ne voulait voir personne... Elle n'avait pas à répondre aux questions de ceux qui se disaient être ses '' proches ''. Et Ermaëlle ne tenait pas particulièrement à rester seule dehors en pleine nuit... Autant passer quelques heures dans une taverne... C'était toujours mieux que rien...

« Eh bien… commença Ermaëlle, hésitante. Soit. Je vous suis. »

Cette situation était sans doute plus enviable que de n'avoir que la lune pour seule compagnie... Et si le jeune homme se faisait trop insistant pour une raison ou pour une autre, Ermaëlle n'aurait qu'à lui fausser compagnie. Elle connaissait mieux la ville que lui, après tout. Il lui serait sûrement aisé de lui échapper ou de le perdre, si vraiment c'était nécessaire...

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyVen 26 Avr - 22:46


« Eh bien… commença Ermaëlle, hésitante. Soit. Je vous suis. »

Unwyn sourit jusqu'aux oreilles. Il était ravi. De la boisson et une demoiselle pour compagnie ; voilà une addition qui l'égayait grandement. Il hocha la tête d'un air entendu, et tous deux reprirent leur marche, en direction de la sortie du cimetière cette fois.

Le jeune homme avait repéré les panneaux de quelques tavernes. Selon lui, ces espaces d'échange étaient d'une importance capitale pour maintenir la bonne ambiance d'une ville.
Le plus proche se trouvait à quelques rues de là, un établissement moyen surmonté d'une belle pancarte illustrée, peinte en rouge, rose et vert et sur laquelle il était écrit "La Rose et le Chardon".
Avec un nom pareil, Unwyn s'était dit que l'endroit devait être propice aux rencontres romantiques. Et comme il vivait sa vie comme on lisait des romans, il décida d'y emmener Ermaëlle.

Les odeurs de bons plat et des boissons envahirent leurs narines lorsqu’ils y entrèrent. Ils s’installèrent au bar et Unwyn appela d’une main le tavernier et son incroyable moustache grisonnante.

« – Je vous en prie, faites-vous plaisir. (Il comprit d’un coup d’oeil que boire n’était pas dans ses habitudes et qu’elle était peu familière des bienfaits d’un verre de trop.) Mon dieu, votre visage. Vous êtes sobre depuis toujours, et moi depuis trois jours. Alors, tavernier : ce sera une Chant-de-Soie et un Shabasma s’il vous plaît.
Ah, je vois que vous vous y connaissez. Vous avez l’oeil.
Surtout le foie. Celui de ma mère.
Heh… Et le foie oui. Sûr, pour le Shabasma ?
Je marcherai droit. »

Le tavernier hocha la tête avec un sourire et s’en alla.

« – La Chant-de-Soie, c’est la meilleure façon de découvrir les subtilités de l’alcool. Pour votre gouverne, il s’agit d’une boisson à base de mûre et de vin épicé. Parfois, ils y mettent du miel. Vous verrez, c’est du jus de fruit, rien de plus. »

Le Laïosien évalua Ermaëlle, pensif. Elle était très peu bavarde, non pas que cela le mette mal à l’aise, (car il était très capable de tenir une conversation tout seul comme il en avait fait la démonstration plus tôt) mais il comprenait aussi que la timidité et la gêne pouvait faire rempart à la conversation.
Il se rendait aussi compte que contrairement aux gens de son clan, les habitants d’Hetenlaüd n’étaient pas aussi avenants. Ils étaient plus… coincés. C’était d’autant plus frustrant qu’il avait l’impression que chaque chose qu’il faisait lui donnait l’air d’un malpoli. Or, il avait toujours été convaincu qu’il était d’une politesse exemplaire.

« – Da… Ermaëlle, si je puis me permettre. J’ai la sensation de vous importuner, et cela me plonge dans une profonde tristesse, parce que je n’ai aucune, absolument aucune mauvaise intention à votre égard. Je ne sais d’où vient cette méfiance. Est-ce parce que je suis un homme, et que vous avez peur ? Ou est-ce votre humeur ? »

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. . . . . . quelques reflets opals.

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyDim 28 Avr - 18:29

Ermaëlle accompagna machinalement Unwyn jusqu'à la sortie du cimetière. Au vu du sourire qu'affichait le jeune homme, la situation semblait lui être des plus convenables. L'ancienne esclave ne pouvait pas en dire autant d'elle-même... Avait-elle prit la bonne décision ? Accompagner un illustre inconnu n'était pas la preuve apparente d'une grande prudence... Malgré ce doute qui restait ancré de son esprit, Ermaëlle resta en compagnie du jeune homme. Ils traversèrent plusieurs rues, avant que son accompagnateur imprévu ne s'arrête devant un établissement. '' La Rose et le Chardon '', pouvait-on lire sur la pancarte. L'ancienne esclave n'eut cependant pas le temps de s'interroger sur ce nom, Unwyn entrant dans la taverne.

A l'intérieur, l'atmosphère était plutôt agréable, en comparaison avec la fraîcheur de la nuit. Si Ermaëlle résistait assez bien au froid, elle n'en détestait pas la chaleur pour autant. Passer une heure ou deux en ces lieux serait toujours mieux que de traîner dans les rues. A cette chaleur ambiante, il fallait ajouter qu'un doux fumet provenait des cuisines et embaumait toute la salle. Aux premiers abords, le lieu ne semblait pas être malfamé... Pour autant, l'ancienne esclave préférait faire preuve de prudence... Alors que la jeune femme s'installait à côté d'Unwyn, ce dernier s'adressa quelques instants à elle, avant de décider de commander leurs boissons respectives.

«  Je vous en prie, faites-vous plaisir. Mon dieu, votre visage. Vous êtes sobre depuis toujours, et moi depuis trois jours. Alors, tavernier : ce sera une Chant-de-Soie et un Shabasma s’il vous plaît.

Il ne fallait pas croire qu'Ermaëlle n'avait jamais trempé ses lèvres dans un breuvage quelque peu alcoolisé. Certains nobles de Karn raffolaient du vin que l'on pouvait importer de certaines régions du monde, ou de rhum, pour peu que ce dernier soit assez ancien pour être digne d'intérêt. Si Nyama dédaignait quelque peu une pareille boisson, il lui arrivait de consommer du vin, du moins, si ce dernier n'était pas trop fort en bouche. Étant donné que sa jeune maîtresse ne voulait pas boire seule, il arrivait à Ermaëlle de prendre une gorgée ou deux du liquide, mais jamais plus. Plus jeune, elle avait également consommé du Rakk, une boisson à base de racines fermentées. Il s'agissait sans doute du seul alcool que les domestiques pouvaient s'offrir, de même que certains esclaves, lorsqu'ils recevaient une récompense de leur maître. Pour autant, la jeune femme n'arrivait plus à se souvenir de la manière dont Mya s'était procurée une telle mixture... Toujours est-il que son goût s'était révélé affreux, et qu'elle avait vite fait de se débarrasser de la petite fiole qu'elle avait en sa possession.

« Sobre, peut-être, mais le fait de boire ne m'est pas inconnu. répliqua Ermaëlle, sur un ton qu'elle voulait calme. Les gens de ma condition n'ont pas toujours droit à de tels plaisirs, et j'ai toujours très bien accepté ce fait, pour ne rien vous cacher. »

Garder l'esprit clair était primordial pour n'importe quel esclave, ou domestique, qui se respecte. Comment donner satisfaction au maître des lieux, sans même être capable de marcher droit ? Boire de trop pouvait signifier la perte de ses gages, ou dans le cas d'un esclave, quelques sévices physiques dont ils se passaient bien volontiers. A cela, il fallait aussi ajouter qu'Ermaëlle travaillait dans un domaine qui demandait la plus grande des délicatesses, sous peine de rendre inutilisable des matières fort coûteuses. L'alcool était on ne peut plus incompatible avec sa place dans la société, et les fonctions qu'elle devait y assumer.

Tandis qu'Unwyn poursuivait sa discussion avec le tavernier, Ermaëlle préféra observer plus en détails le lieu dans lequel ils se trouvaient. Si la jeune femme avait vécu dans un pareil endroit quelques temps, sous la bonne garde d'un ami de longue date de la famille Krönos, ce n'était pas une raison pour ne pas faire preuve d'un peu de méfiance. Les tavernes et autres débits de boissons étaient de formidables lieux de rencontre, que cela soit pour les habitants de la capitale ou pour des étrangers. C'était surtout de ces derniers que l'ancienne esclave préférait se méfier. Après tout, il n'était pas impossible que la traque la concernant ne se soit pas arrêtée avec la frontière, la preuve étant qu'elle avait réussi à parvenir jusqu'ici. D'autres personnes étaient parfaitement capables de faire de même...

Cependant, fort était de constater que rien ne sortait de l'ordinaire. La taverne était calme, bien que la nuit soit déjà tombée depuis un moment et qu'une telle période était propice à l'arrivée de quelques voyageurs à la recherche d'un toit pour la nuit. Dans les faits, le lieu semblait avoir meilleure réputation que ceux des bas fonds de la ville, où il valait mieux éviter de mettre les pieds sans la moindre précaution. Les quelques clients présents discutaient paisiblement, tout en rassasiant leur estomac des mets cuisinés en ces lieux. Tout semblait normal, bien qu'Ermaëlle ne pouvait s'empêcher de songer au pire...

« La Chant-de-Soie, c’est la meilleure façon de découvrir les subtilités de l’alcool. Pour votre gouverne, il s’agit d’une boisson à base de mûre et de vin épicé. Parfois, ils y mettent du miel. Vous verrez, c’est du jus de fruit, rien de plus. »

Au moment où Unwyn s'adressa à nouveau à elle, Ermaëlle sortit de ses pensées, reportant son attention sur le jeune homme. La boisson qu'il décrivait était sans aucun doute plus agréable que le Rakk. D'un autre côté, ce n'était pas là une chose complexe. Une telle boisson servait surtout à se réchauffer, et non pas à être un réel plaisir pour le palais. Aussi, la jeune femme se contenta de hocher silencieusement la tête, en guise de réponse. Elle se rendrait compte bien assez tôt de quoi il en retournait réellement.

« Da… Ermaëlle, si je puis me permettre. J’ai la sensation de vous importuner, et cela me plonge dans une profonde tristesse, parce que je n’ai aucune, absolument aucune mauvaise intention à votre égard. Je ne sais d’où vient cette méfiance. Est-ce parce que je suis un homme, et que vous avez peur ? Ou est-ce votre humeur ? »

Importuner ? Le mot était sans doute un peu trop faible... Ermaëlle avait imaginé cette journée bien autrement, et la finir en compagnie d'un parfait inconnu n'avait jamais été dans ses idées... Que pouvait-elle bien savoir de ses intentions ? Il l'avait trouvé dans un cimetière, en train de se lamenter... N'était-ce pas là le comportement d'une proie idéale ? A cette pensée, la jeune femme serra légèrement le poing. Comment pouvait-elle lui donner tort, s'il s'agissait-là de la réelle teneur de ses pensées ? Unwyn avait toutes les preuves du fait qu'elle était incapable de se prendre en main, et que sa première réaction face à un problème était de pester et de pleurnicher...

« … Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas ? répondit Ermaëlle, quelque peu courroucée. Croyez-moi, un jour, cette ville vous dégoûtera autant qu'elle peut me dégoûter à l'heure actuelle... Elle est comme toutes les autres, une fois son vernis gratté. Les gens ne nous aiment pas. Ils nous supportent, tout au plus, ou nous prennent en pitié. Qu'importe vos actes précédents. Ici, on vous juge par votre couleur de peau, ou à cause de la manière dont vous prononcez les mots... »

A la capitale, Ermaëlle n'avait encore rien fait de mal. Au contraire. Elle s'était faite discrète,  avait trouvé un moyen de subvenir à ses besoins sans pour autant voler son voisin, et avait même aidé la chevalerie des lieux à coincer un criminel... Et voilà la manière dont elle était remerciée... On la regardait de haut à cause de son accent, on la traitait de sorcière à cause de la couleur de sa chevelure, et le fait qu'elle ait aidé la ville, où elle vivait bien malgré elle, était totalement oublié... Qu'importe le côté de la frontière où l'on se trouvait, les choses ne changeaient jamais...

Ermaëlle ne sortit de ses pensées qu'au moment où le tavernier fit à nouveau acte de présence, les bras chargés d'un plateau presque vide. Sans doute avait-il servit d'autres personnes qui se trouvaient non loin du bar, avant de revenir vers eux. Quand l'homme à la moustache grise déposa un verre devant elle, l'ancienne esclave le remercia d'un discret sourire, avant de saisir délicatement le récipient, afin de l'observer quelques instants. Le liquide était d'un mauve assez sombre, presque noir, et dégageait un arôme fruité, dans lequel dénotait comme un odeur de cannelle. A première vue, il était impossible de savoir si la boisson contenait de l'alcool, à moins d'en avoir connaissance à l'avance.

Tout en gardant son verre à la main, l'ancienne esclave jeta un regard dans la direction d'Unwyn. Le tavernier l'avait également servit, avant de s'en retourner à ses autres clients. Levant d'avantage son verre, Ermaëlle planta son regard dans celui de l'homme qui l'accompagnait. Dans de telles circonstances, n'était-il pas coutume de boire à la santé d'une quelconque chose ? D'un autre côté, la jeune femme ne voyait pas réellement à quoi rendre un tel honneur... A moins que... L'idée n'était pas mauvaise après tout...

« Eh bien, et si nous buvons à votre santé ? A votre arrivée à Hantonael, Unwyn. » se contenta de dire la jeune femme, avec l'ombre d'un sourire.

Ces quelques mots prononcés, Ermaëlle baissa son verre, humant à nouveau les arômes qui se dégageaient du liquide sombre qui s'y trouvait. A quoi bon se dérober ? Un verre, cela ne représentait pas grand chose, non ? Délicatement, la jeune femme porta le récipient à ses lèvres, buvant une gorgée de son contenu. Sa première impression se confirmait. La boisson n'avait pas de réelles notes alcoolisées. Comme l'avait dit Unwyn peu de temps auparavant, l'ancienne esclave avait effectivement l'impression de boire des fruits pressés, et non pas un quelconque vin. Ermaëlle était bien obligée de s'avouer que le goût du breuvage n'était pas déplaisant. Il ne s'agissait-là que d'une raison de plus pour se méfier de la boisson, et surtout, de ne pas en abuser...


Alors qu'elle dégustait son second verre de Chant-de-Soie, non sans avoir payé par avance le tavernier, l'attention d'Ermaëlle fut attirée par une douce mélodie. Intriguée, l'ancienne esclave reposa son verre sur le comptoir, tournant légèrement la tête dans la direction d'où provenaient les quelques notes de musique qui flottaient désormais dans l'air. La taverne était composée de deux parties bien distinctes. La première, dans laquelle elle se trouvait toujours en compagnie d'Unwyn, servait surtout pour que les clients puissent se restaurer. Plusieurs tables s'y trouvaient donc, non loin d'une cheminée qui chauffait les lieux. L'autre partie de la taverne, séparée de la première par une sorte de petit muret au-dessus duquel il était sans doute possible de déposer des plateaux ou des plats, avait été vide d'occupants pendant un moment, du moins, c'était-là l'avis de la jeune femme. A présent, un petit groupe de musiciens s'y trouvait. C'était d'eux que provenait la musique. Une musique sur laquelle dansait déjà plusieurs jeunes gens. Sans doute s'agissait-là de quelques habitués des lieux, qui avaient connaissance des moments où il était possible d'esquisser quelques pas de danse.

« … Les avez-vous entendu arriver ? s'enquit Ermaëlle, à l'attention d'Unwyn. Je ne pensais pas qu'il était possible de danser, ici. »

Si la jeune femme avait déjà séjourné dans quelques tavernes, fort était de constater qu'elle n'avait jamais pris la peine de s'intéresser à un tel fait. Son but était d'être discrète, et non pas d'attirer tous les regards sur elle en dansant. A cela, il fallait ajouter que toutes les tavernes n'avaient pas l'espace pour permettre une telle activité, à moins d'y pousser les meubles pour dégager une place suffisante. La jeune femme chassa ses pensées de son esprit, reportant son attention sur les quelques danseurs qui se trouvaient non loin des musiciens. L'idée de les rejoindre lui effleura l'esprit un moment. Hélas, Ermaëlle doutait de savoir danser, même si l'activité semblait être des plus plaisantes !

« … Savez-vous danser ? » demanda la jeune femme, à l'attention de son impromptu camarade.

L'ancienne esclave n'avait pas pu se retenir de formuler une telle question. Sans doute était-ce là les effets du Chant-de-Soie. Il était vrai qu'Ermaëlle avait l'impression d'avoir le cœur et l'esprit plus léger. Pourtant, danser n'avait jamais été dans ses habitudes. Mya aimait danser. Elle adorait ça, même. Nyama aussi savait danser. Mais pas elle. Mais à cet instant précis, son esprit semblait avoir une toute autre idée sur la question.

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyDim 12 Mai - 2:46


« … Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas ? répondit Ermaëlle. Croyez-moi, un jour, cette ville vous dégoûtera autant qu'elle peut me dégoûter à l'heure actuelle... Elle est comme toutes les autres, une fois son vernis gratté. Les gens ne nous aiment pas. Ils nous supportent, tout au plus, ou nous prennent en pitié. Qu'importe vos actes précédents. Ici, on vous juge par votre couleur de peau, ou à cause de la manière dont vous prononcez les mots...
Oh allons. Tous les gens ne sont pas comme ça. C'est que vous avez eu beaucoup de malchance. Pour ma part, j'ai reçu un accueil tout à fait convenable. »

En réalité, Unwyn craignait qu’elle n’ait raison. Le temps d’un frisson, il eut peur que le monde se soit moqué de lui depuis le début, qu’on le juge. Il jeta un rapide coup d’oeil alentour et évalua les autres clients. Les étrangers semblaient peu nombreux, pour ne pas dire absents. Comment se faisait-il qu’Hantonael ne soit pas d’un cosmopolitisme exemplaire ? Était-on dans un quartier bien spécifique ? La capitale de la région la plus prospère enfin ! Voilà qui était bien étrange !
D’un clin d’oeil, Unwyn effaça ses doutes. Il ne fallait pas se laisser entamer par la bien mauvaise humeur des autres. De toute évidence, le défaitisme de cette demoiselle était aussi impossible à désarmer que son optimisme à lui était inexpugnable. Tout irait bien, comme il se le promettait toujours. Il suffisait seulement d’avoir foi en ses ambitions.

Lorsque le tavernier revint pour les servir, le Laïosien l’accueillit en héros triomphant, bruyant et heureux.

« Ah ! le bon goût du pays ! » s'exclama-t-il.
Cela lui rappelait les jours de fête au désert.
« – Et il est originaire !
Ça, c'est moi qui vais vous le dire, fit-il en expertisant la boisson des yeux.
« – Eh bien, et si nous buvons à votre santé ? A votre arrivée à Hantonael, Unwyn. »

Le jeune homme accueillit l’honneur avec un léger éclair de perplexité. Il soupçonna, au vu de sa précédente réplique, une certaine ironie de sa part. Cela dit, comme il n’était pas bon pour lui de réfléchir davantage, il sourit, pencha légèrement la tête et répondit :

« – Vous buvez pour ma bonne fortune, comme c’est charmant ! Laissez-moi donc boire en la votre alors. Je crois que vous en avez besoin. Et voyez-vous, ce n’est pas rien. Je suis du genre porte-bonheur. Alors à vous, Dame Ermaëlle ! »

Sur ces mots, Unwyn leva son verre au dessus de ses yeux et hocha la tête avant de le porter à ses lèvres.
Heureux fut-il de constater le léger haussement de sourcil de la jeune femme après avoir goûté à la première gorgée de Chant-de-Soie. Il était sûr que cela lui plairait. Cette boisson n’avait que des bienfaits. Il n’y avait que les vieux poivrots pour en rire, parce que s’il était question de se rendre ivre mort le plus vite possible, elle se trouvait presque en fin de liste.
Aussi ne fut-il pas surpris de la voir payer le tavernier pour un deuxième verre alors qu’elle terminait juste le premier, et tandis qu’elle attendait, elle remarqua les trois musiciens qui animaient ce qui pouvaient être considéré comme une scène, ou plutôt un salon aménagé de telle sorte que des saltimbanques puissent s’y produire. Unwyn avait trouvé cette idée brillante.

« … Les avez-vous entendu arriver ? Je ne pensais pas qu'il était possible de danser, ici. Elle marqua une pause, le temps d’observer toutes ces silhouettes valser ensembles. Puis, à la grande, mais peut-être finalement pas si grande surprise d’Unwyn, la jeune femme demanda : Savez-vous danser ? »

S’il savait danser ? Pour sûr, il était un danseur hors pair. Mais il ne savait pas danser grand chose d’autre que ce qui se faisait traditionnellement dans sa tribu. Quoique…

Goûte ça.
Seiveril fit glisser son verre jusqu’en face du nez de son fils.
Qu’est-ce que c’est ?
Elle leva un index et esquissa un sourire matois. Son nez et ses yeux étaient rouges.
C’est de la Chant-de-Soie. Ça fait des mois qu’on a cette bouteille. D’habitude, on en boit les jours de fêtes, mais tu sais bien, ici, c’est la fête tous les jours. C’est la meilleure façon de découvrir les subtilités de l’alcool. Vas-y, goûte !
Ça réchauffe.
Seiveril se mit à fredonner. Elle se leva de sa chaise, fit deux pas en avant, un en arrière, et s’inclina comme le faisaient les artistes de foire.
Viens voir là, commanda-t-elle à son fils.
Docilement, l’enfant s’approcha. Il savait ce qu’il en coûterait s’il ne lui obéissait pas.
Je vais t’apprendre un truc essentiel si tu veux être un gentilhomme. Tiens donnes-moi ta main. Et suis mes pieds. Sol Si Do… Sol,Fa Mi- non ! Fa Mi Re, Do- Do Sol Mi… Mm mm…
Plus tard, elle vomissait dans un sceau, et Unwyn, du haut de ses presque dix ans, épongeait son front plein de sueur.


Le Laïosien sourit de plus belle.

« – ..Et vous ? Je vous avoue que je connais pas les valses d’ici. Ah, mais vous êtes de Kartendark n’est-ce pas ? Je me souviens peut-être de quelques pas… Oh ! Qu’importe ! Dans le meilleur des cas, je serai bon danseur et cela vous fera sourire ; dans le pire des cas… Eh bien, je serai un piètre danseur, et je vous ferai rire ! Finalement, ce ne peut en aucun cas être une mauvaise chose ! Alors Dame Ermaëlle, me feriez-vous l’honneur d’être ma cavalière ? »

Il lui tendit sa main, l’oeil brillant, et comme elle acceptait, il la mena dans l’autre partie de la taverne où se jouait la musique.
Ils se fondirent dans le petit groupe de danseurs. Il y avait essentiellement de jeunes gens qui s’échangeaient parfois leurs partenaires, mais aussi des adultes d’âge bien mûrs qui profitaient de la bonne ambiance. Et ils avaient bien raison, pensa Unwyn.

« – Décidément je n’arrive pas à m’y faire. C’est vrai, vous n’êtes pas noble et je ne devrais pas vous appeler Dame. Mais qu’importe ! La nuit est un tout autre monde. Voyez-vous la lune nous éclaire différemment du soleil. Elle révèle de nous un tout autre visage, et les inconnus nous apparaissent tels que nous voulons bien les voir. La nuit en vérité, c’est un grand bal masqué. Alors tant pis ! Tant pis pour ce soir, puisqu’à l’aube vous perdrez la pourpre dont elle vous aura vêtue. Ah ! Il nous faut changer de cavaliers… À tout à l’heure ! »

Un nouveau mouvement dans la musique les fit changer de partenaires de danse. Il ne déplut pas à Unwyn d’avoir à son bras une bien charmante jeune femme brune avec qui il échangeait des mots et des regards espiègles.

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Je rêve de voguer sur le doux dos des dunes
avançant, sans regret, au gré de la fortune.
Pâle lune de nacre, carillon des étoiles
Donnez donc à mes songes . . . . . .
. . . . . . quelques reflets opals.

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Mais je ne construis que des palais hystériques.
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyMer 15 Mai - 23:13

L'interrogation de l'ancienne esclave sembla amuser son impromptu camarade. Du moins, c'est ce que déduisit Ermaëlle en remarquant le sourire qui ornait les lèvres du jeune homme. Était-ce par moquerie, ou juste par sincère intérêt ? A moins qu'il ne s'agisse-là d'un des effets de l'alcool qu'Unwyn avait déjà consommé... Sa boisson était bien plus forte que la sienne, à n'en pas douter. D'un autre côté... Le jeune homme ne semblait pas prompt à la moquerie. Il avait été bien trop avenant, bien qu'envahissant, avec elle jusqu'à cet instant. Aussi, la jeune femme préféra laisser le bénéfice du doute à celui qui se trouvait assis à côté d'elle. Cette précaution ne fut pas de trop, au vu des propos qui furent tenus par Unwyn par la suite.

«  ..Et vous ? Je vous avoue que je connais pas les valses d’ici. Ah, mais vous êtes de Kartendark n’est-ce pas ? Je me souviens peut-être de quelques pas… »

L'espace d'un moment, Ermaëlle avait totalement oublié qu'Unwyn était originaire des mêmes terres qu'elle. D'un autre côté, cela pourrait être très difficile à croire... L'ancienne esclave devait avouer que si elle n'avait pas fait certaines rencontres bien particulières, elle aurait pu mettre en doute les paroles d'Unwyn, comme beaucoup d'autres auraient pu le faire. Si les esclaves n'avaient pas de lignée claire et établie, leurs apparences étaient des plus diverses. Aussi, la jeune femme se souvenait encore parfaitement de Khesh le Fol, un esclave à la peau d'ébène que son maître appréciait énormément. Ses cheveux et ses vêtements étaient tout couverts de clochettes, qui tintaient à chacun de ses pas. Il était sans doute le seul à pouvoir arracher un rire ou deux au patriarche de la famille... Hélas, le pauvre esclave était mort d'une très mauvaise toux, il y a de cela des années. Ermaëlle n'avait jamais pu le remercier pour le meilleur des conseils qu'elle avait pu recevoir, alors qu'elle était esclave...

« Oh ! Qu’importe ! Dans le meilleur des cas, je serai bon danseur et cela vous fera sourire ! Dans le pire des cas… Eh bien, je serai un piètre danseur, et je vous ferai rire ! Finalement, ce ne peut en aucun cas être une mauvaise chose ! Alors Dame Ermaëlle, me feriez-vous l’honneur d’être ma cavalière ? »

Ermaëlle ne savait pas quoi répondre. Unwyn était sans doute un bien meilleur danseur qu'elle... D'un autre côté, ses jambes ne lui simplifiaient pas la tâche... S'il y avait bien un mauvais danseur entre eux deux, c'était sans doute elle ! Mais, après tout, pourquoi pas ? Cela ne pouvait pas aussi mal se passer qu'elle pouvait l'imaginer. Aussi, l'ancienne esclave accepta la main qui lui était tendue. Il ne fallut pas longtemps au duo tout juste crée pour se joindre aux autres danseurs. Il y avait là plusieurs tranches d'âge. Certaines personnes quittaient à peine l'adolescence, alors que d'autres voyaient déjà leurs chevelures tranchées par quelques mèches blanches. Cependant, il semblait y avoir une majorité de jeunes gens de leur âge, à Unwyn et elle.

« Décidément je n’arrive pas à m’y faire. C’est vrai, vous n’êtes pas noble et je ne devrais pas vous appeler Dame.
- Cela reviendrait à me hisser à un rang auquel je ne peux pas prétendre, et auquel je ne veux pas prétendre, en réalité. Comment puis-je accepter que vous me compariez à ces Dames au sang bleu, alors que mien est trouble ? répondit Ermaëlle, sans le moindre trouble dans la voix.
- Mais qu’importe ! La nuit est un tout autre monde. Voyez-vous la lune nous éclaire différemment du soleil. Elle révèle de nous un tout autre visage, et les inconnus nous apparaissent tels que nous voulons bien les voir. La nuit en vérité, c’est un grand bal masqué. Alors tant pis ! Tant pis pour ce soir, puisqu’à l’aube vous perdrez la pourpre dont elle vous aura vêtue.
- Comme il vous plaira... reprit la jeune femme, non sans un soupir contrit. Mais le jour venu, n'oubliez pas que je ne suis qu'une simple enlumineuse, et rien de plus. D'ourse, je redeviendrai une simple renarde, ni plus, ni moins.
- Ah ! Il nous faut changer de cavaliers… À tout à l’heure ! »

Ermaëlle n'eut pas l'occasion d'ajouter le moindre mot de plus, que déjà, le jeune homme acceptait la main d'une autre partenaire. Quant à l'ancienne esclave, elle rejoignit le danseur qui se trouvait auparavant avec la jeune femme qui dansait désormais en compagnie d'Unwyn. L'ancienne esclave ne savait pas réellement si son nouveau partenaire gagnait ou perdait au change. Hélas, fort était de constater que ses pas étaient hésitants, là où ceux de la jeune femme précédente semblaient flotter, par moments. Décidément, danser n'était pas pour elle. Ermaëlle était bien plus habile avec une plume qu'avec les valses ou les autres réjouissances du même acabit...

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyMer 19 Juin - 13:15



La Dame était une très bonne danseuse. Unwyn le sentait dans sa manière de se tenir et à la fluidité de ses mouvements. C'était ce genre de femme fatale qui vous rappelle qui finalement est le chat et qui est la souris.

« – Ah. Excusez-moi, Dame Meera, dit-il après s'être trompé de pas.
Mais non, mais non. Vous êtes étranger n’est-ce pas ?
Unwyn sourit.
C’est exact.
Il se permit une rapide radiographie de sa partenaire. Il se le permit ouvertement, car il savait qu’elle l'étudiait avec la même minutie que celle qu’il employait à évaluer les ombres de ses clavicules.
Et qu’est-ce qui vous amène ici ?
Les affaires. Et l’aventure. Vous savez, un peu comme les poètes.
La jeune femme leva le menton.
Les affaires, ou les aventures ?
Il inspira, tout en haussant les épaules.
C’est que parfois, il est difficile de distinguer les une des autres, répondit-il soigneusement.
C’est-à-dire..?
..C’est-à-dire qu’il est déjà arrivé que je me réveille aux côtés des affaires, et que la concurrence finisse par me coûter quelques bleus.
Elle éprouva un rire clair qui ravit Unwyn jusqu’aux oreilles.

Le rebec s’emballa dans un ultime élan virtuose et la musique finit. En quelques mesures musicales, il avait appris de Meera, en plus de quelques astuces de valse, qu’elle était une aristocrate et qu'elle avait quitté sa famille parce qu'on lui avait imposé un mariage qui la répugnait. Seule désormais, elle était devenue institutrice dans un des quartiers les plus modestes d’Hantonael. Il lui expliqua à son tour dans les grandes lignes qu'il était tailleur, mais qu'il connaissait mal ce qui se faisait ici. Il lui demanda donc si elle était disposée à le renseigner sur les coutumes et préférences vestimentaires de la région. Flattée par les compliments qu'il avait fait et sur son habit et sur sa beauté, elle consentit volontiers à lui accorder une audience après la danse elle lui donna rendez-vous au bar. Il la remercia et lui donna un baise-main avant de s’en aller retrouver Ermaëlle. Les musiciens annoncèrent leur dernier morceau.

Me revoilà dans vos filets, Dame Ermaëlle. Si vous m’accordez cette dernière danse.

Comme elle acceptait, il lui donna la main.
Il étudia à la lumière l’ouvrage de la tenue de la Nordique, nettement plus humble que celui flamboyant de son ancienne cavalière. S’il voulait implanter son commerce audacieux, il lui fallait d’abord étudier la mode d’ici de près. Très franchement, Ermaëlle ne portait pas un ensemble très élégant. Vêtue comme un Robin des Bois, elle semblait davantage sortie d'un clan de bandits des montagnes que de la riche cité d'Hantonael. Pourtant, sous sa tunique, il estimait une taille de moins de trente pouces sans corset et des membres en fuseau qui n'avaient rien à envier à certaines cuisses de dindes qu'il avait eu le dépit d'habiller. Quel gâchis, pensa-t-il. Mais il ne lui en dit rien et s'employa plutôt à guider son pied timide.

Dame Meera m'a bien expliqué les bases tout à l'heure. J'ai trouvé le reste dans de vieux souvenirs d'enfance. Alors pour les dames, on commence par faire un pas en arrière avec le pied droit. Un temps de la musique – écoutez le luth – correspond à un pas, et on alterne toujours entre pied droit et pied gauche. Le reste vous le connaissez je vois. Et pour pivoter, c'est en fait le buste et les épaules qui donnent le mouvement. On a tendance à se concentrer sur ce que font nos jambes, mais il ne faut pas oublier que c'est tout le corps qui danse.

Elle assimilait vite, même si ses yeux quittaient rarement ses pieds. Lorsque la valse conclut, Il s’inclina comme un gentilhomme et sourit.

Je me sens… Dérouillé ! Cela faisait longtemps que je n'avais pas dansé une valse. Plus de quinze ans... Mon dieu, me voilà bientôt barbe grise.

Ils regagnèrent les places qu'ils avaient laissées. Dame Meera les y avaient attendus. Unwyn la retrouva, une pinte dans une main, l'autre supportant sa tête avec nonchalance.

Dame Meera ! Je vous présente Ermaëlle. Elle a eu l'extrême gentillesse de m'accompagner ici. Ce serait très impoli de ma part de la laisser seule et sans compagnie. J'espère que cela ne vous embête pas si elle se joint à nous. On dit que deux tête valent mieux qu'une, et je soutiens que trois têtes valent mieux que deux.

Meera jaugea la Nordique avec une expression d'on-ne-sait-quoi, haussa les épaules et hocha la tête.

Plus on est de fous, plus on rit. C'est ce qu'on dit. Un verre, cela vous dit-il ? Commandez ce que vous voulez. C'est moi qui paye.
Avec plaisir ! J'oserais même dire que plus on est de fous autour d'un verre, plus on rit.

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Dernière édition par Unwyn Dæmyar le Jeu 27 Juin - 2:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyLun 24 Juin - 0:19

Fort heureusement pour Ermaëlle, ainsi que pour son infortuné cavalier, la musique s'acheva finalement, sur une dernière note plus haute que les autres. Esquissant pareillement une légère révérence, les deux partenaires, redevenus de simples inconnus l'un pour l'autre, se saluèrent. Suite à cela, l'homme accepta la main d'une autre jeune femme, pour profiter de la dernière danse de la soirée. Quant à la jeune femme à la longue chevelure rousse, elle ne put retenir un discret soupir. Au moins, son ancien partenaire avait trouvé une cavalière à sa hauteur. L'ancienne esclave s'en serait voulu de lui avoir gâché cette dernière danse. Jetant un regard dans la direction de ses pieds, Ermaëlle ne put s'empêcher de se demander dans quel état elle trouvait ses jambes d'ici quelques heures... Elles ne lui semblaient pas douloureuses... D'un autre côté, les activités physiques avaient tendance à échauffer les muscles et donc à endormir quelque peu de tels ressentis. Qui pouvait savoir ce qu'il en était réellement, avant que cet état ne se dissipe ?

C'est alors que la jeune femme ressentit comme une présence, derrière elle. Après avoir redressé la tête, Ermaëlle se retourna. Unwyn, qui semblait avoir perdu sa précédente cavalière, lui proposait de l'accompagner pour profiter de la dernière mélodie que les musiciens avaient en réserve. L'ancienne esclave s'étonna d'accepter la proposition du jeune homme, saisissant la main qu'il lui tendait. Alors qu'ils dansaient, Ermaëlle eut l'impression que son cavalier l'observait avec la plus grande des attentions. Que pouvait-il bien trouver d'intéressant à son sujet, au point de la détailler ainsi ? La jeune femme n'eut pas le temps de s'interroger d'avantage sur cette question. Unwyn semblait bien décidé à lui enseigner quelques petites choses au sujet de cette danse qu'elle ne maîtrisait que fort peu. Il fallait dire que ses connaissances à ce sujet se limitaient aux quelques occasions que l'ancienne esclave avait eu d'observer sa maîtresse, lorsqu'elle pratiquait une telle activité. Certaines réjouissances n'étaient pas permises aux gens de sa condition. Les choses étaient ainsi faites, à Karn.

« Dame Meera m'a bien expliqué les bases tout à l'heure. J'ai trouvé le reste dans de vieux souvenirs d'enfance. Alors pour les dames, on commence par faire un pas en arrière avec le pied droit. Un temps de la musique – écoutez le luth – correspond à un pas, et on alterne toujours entre pied droit et pied gauche. Le reste vous le connaissez je vois. Et pour pivoter, c'est en fait le buste et les épaules qui donnent le mouvement. On a tendance à se concentrer sur ce que font nos jambes, mais il ne faut pas oublier que c'est tout le corps qui danse. »

Meera... C'était donc ainsi que la précédente cavalière d'Unwyn se nommait. La jeune femme devait avouer qu'elle était étonnée du fait que le jeune homme et cette presque-inconnue aient pu discuter tout en évoluant sur la piste de danse, le tout sans éprouver de réelles difficultés. Ermaëlle savait qu'elle n'était pas capable d'une telle prouesse. Danser en espérant ne pas être trop pataude était déjà une tâche complexe, à ses yeux. Néanmoins, l'ancienne esclave fit en sorte de suivre les conseils d'Unwyn. Malgré cet effort, la jeune femme ne pouvait s'empêcher de garder son regard rivé sur le sol, et plus précisément ses pieds. Ainsi, il était bien plus simple pour elle d'exécuter certaines des directives de son cavalier. A cela, il fallait aussi ajouter le fait qu'Ermaëlle s'inquiétait quelque peu pour l'état de ses jambes, ressentant comme une fatigue à cet endroit de son corps. Son entraînement quotidien avait été des plus rudes, et danser n'améliorerait sans doute pas leur état... La mélodie cessa alors, de même que les mouvements des danseurs. Ermaëlle s'écarta légèrement d'Unwyn, s'inclinant à son tour pour le remercier pour cette danse.

« Je me sens… Dérouillé ! Cela faisait longtemps que je n'avais pas dansé une valse. Plus de quinze ans... Mon dieu, me voilà bientôt barbe grise. »  
                                             
Se redressant, la jeune femme rendit son sourire au jeune homme, avant de pousser un soupir faussement agacé. Tout deux semblaient avoir sensiblement le même âge. Si le jeune homme se pensait vieux, qu'en était-il d'elle ? Ermaëlle chassa cette pensée de son esprit. Elle verrait encore de nombreux hivers avant de pouvoir être considérée comme une vieillarde. Qui plus est, elle n'était pas à un âge où l'on se souciait réellement de la notion de vieillesse.

« Allons, il ne faut pas parler ainsi. commença la jeune femme, avec un fin sourire. Vous avez prouvé à la vieillesse qu'elle n'a qu'à bien se tenir, avec vous comme hôte. »

Les deux jeunes gens s'en retournèrent ensuite aux places qu'ils avaient précédemment quitté. L'ancienne cavalière d'Unwyn se trouvait là, un pinte à la main. Sur le moment, Ermaëlle se demanda comment un si petit bout de femme pouvait assimiler autant d'alcool. Si certains breuvages étaient moins forts que d'autres à ce sujet, fort était de constater que la quantité présente dans le récipient avait de l'importance également. De plus, au vu de l'endroit dans lequel ils se trouvaient, l'ancienne esclave doutait qu'il s'agisse-là de sa première consommation de la soirée, bien qu'elle puisse se tromper à ce sujet. La jeune femme se souvenait encore parfaitement de ses premiers temps à Hantonael, après qu'Ásmundr l'ait confié à Jackõn, un aubergiste de sa connaissance, afin qu'elle puisse avoir un refuge le temps de se retourner. Aussi, Ermaëlle avait eu son lot de personnes attristées qui avaient décidé d'enfouir leurs noires pensées à l'aide d'un quelconque breuvage alcoolisé... Cette triste vue n'avait fait qu'éloigner d'avantage la jeune femme de tous les types de boissons qui pouvaient perturber le jugement de la personne qui les consommait...

« Dame Meera ! Je vous présente Ermaëlle. Elle a eu l'extrême gentillesse de m'accompagner ici. Ce serait très impoli de ma part de la laisser seule et sans compagnie. J'espère que cela ne vous embête pas si elle se joint à nous. On dit que deux tête valent mieux qu'une, et je soutiens que trois têtes valent mieux que deux.
- Enchantée de faire votre connaissance. » se contenta d'ajouter Ermaëlle, en inclinant poliment la tête.

En redressant la tête, l'ancienne esclave remarqua l'étrange regard que lui lançait la dénommée Meera. Ermaëlle ne put s'empêcher de s'interroger à ce sujet. Qu'avait-elle bien pu faire pour lui déplaire ? Elles venaient juste de se rencontrer. D'un autre côté... Son accent si étonnant, si étranger, pour cette ville n'avait pas du lui échapper... La jeune femme n'eut pas le temps de se pencher d'avantage sur cette idée. Meera semblait accepter sa présence, finalement. Ermaëlle s'en contenterait. Après tout, elle ne serait qu'une comparse d'une soirée... Il était fort probable que les deux femmes ne se croisent plus jamais après avoir quitté ce lieu...

« En voilà une offre généreuse. commenta Ermaëlle, avec un sourire. Excusez-moi cependant de ne pas en profiter pleinement. Je tiens à garder les idées claires. La jeune femme se tut  quelques instants. Je ne vis pas dans cette partie de la ville, et je tiens à retrouver mon logis sans encombre. » termina-t-elle, sur un ton sincère.

Il ne s'agissait-là que de la plus stricte des vérités. Si Hantonael disposait d'un grand nombre de gardes, fort était de constater que certaines rues n'étaient pas des plus sûres, la nuit tombée. Ermaëlle préférait garder l'esprit aussi clair que possible, pour sa propre sécurité. Aussi, quand le tavernier revint vers eux, l'ancienne esclave lui demanda un simple verre d'eau, afin de se remettre de leur petite séance de danse. Cela serait suffisant pour tenir le reste de la soirée. Tandis que l'homme s'affairait afin donner satisfaction à tous ses clients, Ermaëlle récupéra sa sacoche. L'ayant laissée sans surveillance le temps d'esquisser quelques pas de danse, la jeune femme voulait être certaine que personne n'avait eu l'idée de lui dérober sa bourse, ou pire, son Ouvrage. Il est vrai que pour un néophyte, un tel livre semblait avoir de la valeur. Dans les faits... Les Ouvrages les plus recherchés étaient ceux des grands maîtres. Le sien n'avait que peu de valeur, si ce n'est celle du cuir qui composait sa couverture, ou du parchemin qu'il contenait...

Voyant que rien ne lui manquait, Ermaëlle referma sa sacoche. Cependant, au lieu de la reposer sur le sol, la jeune femme préféra la garder sur ses genoux. Le poids de son Ouvrage la rassurait, d'une certaine façon. C'était bien pour cette raison que l'ancienne esclave l'emmenait partout avec elle. Ça, et aussi le fait que cela lui offrait la possibilité de travailler où elle le souhaitait, ce qui lui permettait de ne pas rater certains détails que la mémoire pouvait occulter au moment de faire une esquisse.

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptyJeu 27 Juin - 2:28



« En voilà une offre généreuse. commenta Ermaëlle, avec un sourire. Excusez-moi cependant de ne pas en profiter pleinement. Je tiens à garder les idées claires. La jeune femme se tut  quelques instants. Je ne vis pas dans cette partie de la ville, et je tiens à retrouver mon logis sans encombre. termina-t-elle, sur un ton sincère.
Comme vous voudrez..
À mon humble avis, vous êtes trop raisonnable. Mais c’est tout à votre honneur. Il faut bien des gens sérieux dans ce monde sans raison. Bien ! Dame Meera, êtes vous disposée à me donner audience à propos de ce qui se fait ici en termes de couture ?
J’ai mieux à vous proposer : Ce ne serait pas possible demain car j’ai une classe à donner, mais si vous êtes libre après demain, nous pouvons prendre une demi-journée pour visiter les couturiers de la ville. J’ai eu la chance de pouvoir fréquenter les plus talentueux, lorsque je vivais encore chez mes nobles parents. Je sais où ils se trouvent.
C’est bien plus que je n’en attendais de votre part Dame Meera ! Et c’est très volontiers que j’accepte cette invitation !
Alors c’est d’accord. Retrouvez-moi ici dans deux jours, à l’heure de midi.
Entendu. »

Meera passa la commande, et ce fut avec une grande joie qu’Unwyn accueillit son troisième Shabasma. L’institutrice fit remarquer que le nom de cette boisson avait une consonance très culturelle, et comme elle n’en avait jamais entendu parler, elle lui demanda de quoi est-ce qu’il s’agissait exactement.
Il lui expliqua que le Shabasma était à l’origine un spiritueux que l’on ne consommait qu’à certaines fêtes, à raison qu’elle était extrêmement concentrée en alcool afin de modifier rapidement les états de conscience de ses consommateurs. Ce n’était pas une boisson que l’on dégustait, d’ailleurs, le goût était assez ignoble. Unwyn, fort de son élan oratoire, fit ensuite une longue parenthèse lors de laquelle il fit un exposé en sept points extrêmement détaillés sur sa conception de la fête – si bien que les deux femmes dont il avait le plaisir d’être encadré ce soir purent sans mal déduire de la grande expérience qu’il avait à ce sujet – et insista particulièrement sur le fait qu’il ne fallait Ô Grand jamais se soucier du temps qui passe, qu’il s’agissait d’ignorer la hiérarchie entre les hommes et ne songer ni au passé, ni à demain. Après avoir prononcé son discours à haute teneur philosophique, qui lui dura pas moins de quarante minutes et trois verres de plus, il en “revint à ses moutons” et poursuivit au sujet du Shabasma.
Ce breuvage connut un certain succès auprès des peuples étrangers et le trafic qui se faisait était tel que les Laïosiens qui fournissaient Hetenlaüd en Shabasma, recevant des commandes qui excédèrent très vite la capacité de production de la boisson, décidèrent d’en simplifier la recette et l’alléger en alcool. Ceci, expliqua Unwyn, donna naissance au Shabasma dit “mondain”, au goût nettement plus raffiné et bien moins fort et rustre que l’original qui lui se rapprochait relativement de l’absinthe. Dans les tavernes la vente de Shabasma authentique était plutôt réglementée, voire même tacitement interdite dans les riches quartiers, bien que cela ne soit pas formellement cité dans les lois.

« Disons que… C’est très mal vu. Ça a un peu un côté païen. Il y a des gens qui s’imaginent que les peuples du Laïos sont des sauvages ou des brigands. Ce sont des ignares. Et je suis sûr que, dans leurs coutumes, ceux-là sont plus menteurs et voleurs que nous. Vous savez, ce sont ces gens de la haute qui prenne l’hypocrisie pour de la diplomatie, dit-il en portant son troisième verre à ses lèvres.
Oh, oui… Ça, je connais bien. Mon aînée faisait très bien la confusion.
Ah bon ?
Oh là là, oui. Une calamité.
Du genre à cacher des cafards dans le tiroir de votre coiffeuse ?
Plutôt du genre à souffler l’idée à nos parents de me marier à notre cousin, justement, répondit-elle avec acidité en fixant le fond de son verre.
Ah ! C’était à cause d’elle ?
Parce qu’elle ne voulait pas que mon mariage soit aussi raté que le sien. Enfin, que vaut un mariage à cette échelle de la soci. Société. C’est de la politique. C’est du marchandage. Une transaction. C’est davantage le mariage de la dot et du douaire que celui de deux personnes.
C’est pourtant joli, les mariages. Ça devrait être de l’amour. Pourquoi n’avez-vous pas protesté ?
Mais j’ai protesté ! Et croyez-moi, c’est bien la seule chose pour laquelle je suis douée ! Je suis une championne lorsqu’il s’agit de ruiner les repas de famille ! Mais que vouliez-vous que je fasse face à mon père ? Face à l’autorité de la famille ? J’ai eu beau hurler de toute mes forces… “Vous cèderez, ma fille ! Vous cèderez !”... Elle soupira, se frotta les yeux et secoua la tête. Désolée. Je devrais pas m’étaler comme ça.
Non non, pas du tout. Continuez, je vous en prie. »

Sur les encouragements d’Unwyn, Meera poursuivit son histoire.
Le jour même où elle subit les tourments de ses parents qui la voulaient marier à un cousin qu’elle détestait et qui ne l’appréciait pas davantage, la famille accueillit pour le dîner ce même cousin et ses parents. Le tempérament de feu de Meera aboutit à un spectaculaire lancer de vaisselle, et le soir-même, Meera s’enfonça dans l’obscurité précoce d'un soir de Novembre pour se réfugier loin, dans la campagne, chez des amis agriculteurs.

Les Fäeren étaient une très modeste famille de fermiers. Ils avaient trois fils, et devaient plus tard avoir une fille. Les aînés, Herol et Ronan, étaient frères jumeaux. Ils étaient tous les deux très attachés à un cheval de trait, Falkör, qui était du même âge qu’eux. Le poulain avait grandi entouré de ces deux garçons qui le considéraient comme un frère à part entière (ils dormaient très régulièrement dans l’écurie.) Mais les prévisions d’un hiver trop rigoureux suite à une année de mauvaises récoltes poussèrent les parents Fäeren à vendre Falkör. C’était un très bon cheval et ils ne comptaient pas le vendre à n’importe quel prix. cette décision brisa le cœur de tout le monde, mais c’était le prix à payer pour s’alimenter. Garder Falkör, ou n’être pas sûr que la petite Nine tout juste née ne survive pas à l’hiver : le choix semblait évident.
C’était là que Meera était intervenue. Pour l’anniversaire de sa sœur, elle et sa famille étaient allées à la foire aux chevaux pour acheter une monture à la jeune femme. La cadette n’avait cure des caprices de son aînée et s’était soustraite un instant en apercevant une dame pleurer discrètement en secouant la tête. De nature très sociale, Meera était venue la voir. Il s’agissait de la mère Fäeren, qui lui expliqua toute l’histoire. Têtue et résolue, la jeune femme prit la folle décision d’acheter Falkör au nom de son père. Elle renchérit encore et encore et finit par l’emporter sous le regard ahuri de la mère Fäeren, qui manqua de s’évanouir en réalisant qu’ils avaient gagné une somme extraordinaire en plus de garder Falkör. Toute la famille la remercia chaleureusement, et elle obtint ainsi d’eux une reconnaissance et une amitié éternelle. Leur toit était désormais le sien.

Après les derniers éclats, Meera avait donc fugué chez ces amis agriculteurs pour de bons. Il lui arrivait de leur rendre visite lorsque la pression du foyer se faisait trop intense et qu’elle voulait s’échapper là où personne de sa famille ne pourrait l’atteindre, mais jamais elle n’était restée chez eux aussi longtemps. Pour oublier sa rancœur, elle proposa de travailler avec eux à la ferme et de leur enseigner à tous convenablement l’écriture et la lecture, de les instruire comme il fallait en supprimant tout ce qui ne lui semblait pas nécessaire. Elle finit par revenir chez elle pour rendre ses affaires et faire ses adieux à sa famille après avoir prononcé le vœu de rester vivre à la campagne.
Elle réalisa à ce moment là qu’ils avaient toujours été des étrangers pour elle. Meera avait toujours joué des coudes entre une aînée absolument magnifique et une benjamine tout à fait exemplaire, dont même les domestiques ne tarissaient pas d’éloges. Non, Meera, elle, aimait l’odeur du crottin et n’avait pas peur des araignées.
Et les Fäeren l’aimaient comme ça.

Trois ans d’épanouissement s’écoulèrent avant que le drame n’arrive.
L’été cette année là était caniculaire. Les bêtes haletaient affalées sous les arbres ou leurs abris. La mère Fäeren était restée à la maison pour s’occuper de Nine tandis que le père, les trois fils et Meera travaillaient au champ. Ils avaient encore le fléau en main lorsque Meera repéra la fumée noire qui s’élevait de la maison au loin, et les langues de feu qui léchaient la toiture. Tous laissèrent tomber leurs outils et coururent jusqu’à la maison. La chaleur de l’été avait fait se déclarer un incendie qui contaminait à présent les étables. Herol et son père se chargèrent de sauver Nine et sa mère dans la maison. Ronan se précipita dans l’écurie pour sauver Falkör. Meera, elle, devait rester avec le petit frère dehors et chercher de l’aide pour éteindre de le feu. Les voisins se mobilisèrent. Très vite, ce fut tout le village qui vint à leur rescousse.
Les dernières braises s’éteignirent presque au milieu de la nuit. La maison, les écuries ; presque tout avait été réduit en cendres. On retrouva deux squelettes carbonisés dans les décombres. L’un était celui d’un grand cheval, l’autre était celui d’un jeune homme.

« Foutu canasson, cracha-t-elle avant d’avaler un long trait de sa pinte.
C’est une histoire horrible. Mais il ne faut pas en vouloir au cheval. Ronan s’est montré très héroïque.
Vous plaisantez ?
Non. Ce cheval était son frère.
C’était un cheval !
Un frère ! Vous n’ignorez pas à quel point les chevaux sont des êtres intelligents. Je ne sais pas ce que je ferai sans ma Miscó… Elle me comprend je crois, mieux que personne. Personne d’autre n’en a été capable jusque là. Aucun ami, aucune famille, ni même aucune femme n’a jamais pu comprendre ça. »

Meera ouvrit de grands yeux luisant comme des poignards et tendit le cou, visiblement choquée.
Unwyn déglutit. Il avait peur d’avoir dit quelque chose de mal et sa bourde avait si mauvais goût qu’il préféra l’avaler avec un bon verre de Shabasma – le huitième. Pour quelqu’un de franchement éméché, il restait très clair dans ses paroles. Mais il avait beaucoup parlé et ses nombreuses plaisanteries l’avaient épuisé. Chaque phrase qu’il souhaitait formuler se présentait comme un marathon linguistique à son cerveau que l’alcool avait rendu asthmatique, et il butait sur les mots, quasi essoufflé par sa course à la conversation. Son discours était devenu tel un brouillon d’écrivain, tout emprunt de mille ratures laissées par son esprit.
Il était en train de jouer, l’air hébété voire même un peu arriéré, avec sa chenille de pâquerettes fanées (il la faisait avancer sur la table comme s’il s’agissait d’une véritable chenille.) lorsque sans autre explication, Meera se pencha et l’embrassa.
Peut-être était-ce l’excès de boisson qui le rendait audacieux, mais il ne la repoussa pas. Il comprit très vite que Meera ne leur avait pas raconté toute l’histoire, et que ce baiser ne lui était pas tant destiné qu’il l’était au souvenir d’une personne irremplaçable. Le peu de raison qui l’habitait encore lui hurla que l’entreprise qui s’annonçait était une des pires idées du monde, d’autant plus qu’Ermaëlle était là, à côté de lui, et qu’elle devait probablement s’ennuyer comme un rat mort. Il sentit l’angoisse monter en réalisant qu’il avait peut-être un peu trop bu et de ne pas pouvoir tenir l’orgueilleuse promesse qu’il avait faite au tavernier en disant qu’il marcherait droit.

Il écarta doucement son visage de celui de Meera et se pinça les lèvres, se concentrant très difficilement pour ne rater aucun mot de ce qu’il voulait lui dire. Ses yeux étaient deux grands puits de souffrance et le regard qu’elle lui adressa lui fendit le cœur, mais il se résolut tout de même à lui refuser l’affection qu’elle demandait.

« Je suis navrée Dame Meera. Pour ce que vous avez à vivre. Mais vous ne retrouverez jamais Ronan dans le cœur d’un autre. Vous n’avez pas à craindre de l’oublier. Il est dans le vôtre, et demeure en souvenir. »

Il lui essuya une larme et baisa très gentiment sa main.
Puis il finit son verre cul-sec, se leva et s’appuya sur le comptoir, pris de vertiges.

« Hm. On va peut-être y aller, nous. »

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Grand, silencieux, mobile océan d’or
Illumine mes yeux quand le Soleil s’endort.

Je rêve de voguer sur le doux dos des dunes
avançant, sans regret, au gré de la fortune.
Pâle lune de nacre, carillon des étoiles
Donnez donc à mes songes . . . . . .
. . . . . . quelques reflets opals.

J’essaie de rebâtir mes mondes chimériques
Mais je ne construis que des palais hystériques.
Car l’horizon troublante de la vastitude
Me manque.
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Ermaëlle Fyrnam
La Renarde Érudite

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ] EmptySam 29 Juin - 17:19

Aux paroles d'Unwyn, Ermaëlle se contenta de hausser les épaules, un fin sourire aux lèvres. C'était sa raison qui l'avait maintenue en vie jusqu'à aujourd'hui. Elle se devait de continuer sur cette voie, dans cette ville qui ne semblait pas vouloir d'elle. De plus, qui pouvait savoir ce qu'On préparait ? Était-il parvenu jusqu'en Hetenlaüd, où pensait-il qu'elle se trouvait toujours sur les terres de l'Empire, sans la moindre chance en termes de survie ? Personne ne pouvait le savoir, hélas... Une vie comme la sienne ne permettait pas à l'ancienne esclave de se troubler l'esprit. Il était sans doute sa meilleure arme, sans doute la seule qu'elle possédait en réalité, pour contrer l'adversité... Si dans bien des cas, l'épée était plus forte que la plume, il ne fallait pas oublier que cette dernière restait fort tranchante, et pouvait laisser des marques bien plus profonde que la plus aiguisées des lames.

Ainsi, c'était donc de couture qu'Unwyn et Meera avaient discuté, lors de leur danse. Toujours est-il que la proposition de la jeune femme semblait ravir son accompagnant. Il était vrai que si Meera connaissait aussi bien qu'elle semblait le dire le monde auquel Unwyn souhaitait appartenir, c'était sans aucune doute une bonne chose qu'ils décident de se revoir. L'ancienne esclave ne s'attarda pas d'avantage sur cette idée, cependant. Unwyn avait déjà changé de sujet, au moment où leur comparse imprévue avait parlé du Shabasma. A la description du breuvage, Ermaëlle ne put s'empêcher de songer que son utilité première ressemblait beaucoup à certaines plantes que consommaient parfois une partie des membres du clergé de son Empire natal. Elles permettaient de se rapprocher des Dieux, selon leurs dires, et de tels végétaux ne pouvaient être consommés qu'à certains moments bien précis de l'année. La jeune femme chassa cette pensée de son esprit. Leurs prétendues visions n'étaient rien de plus que des mensonges, à ses yeux... De simples rêves, ni plus ni moins... Quiconque pouvait observer le mouvement des oiseaux, écouter le chant des loups, ou observer la neige tomber et décréter qu'il s'agissait-là d'un signe divin...

Vint ensuite un long plaidoyer d'Unwyn quant à l'importance de faire la fête. Ermaëlle devait avouer que le jeune homme était un grand connaisseur, à ce sujet, et qu'elle ne s'attendait pas à ce que la tête ne lui tourne pas avec toute la boisson qu'il avait ingéré jusque-là... Combien avait-il bu de verres, déjà ? Plus de quatre, sans doute. L'ancienne esclave devait avouer qu'elle en avait rapidement perdu le compte, entre le discours du jeune homme et les mouvements du morceau de fusain, qu'elle tenait dans sa main gauche. Le poids de son Ouvrage commençant à lui engourdir les cuisses, Ermaëlle avait jugé plus judicieux, et agréable, de le poser devant elle. Si le livre était resté un moment clos, l'ancienne esclave avait fini par le consulter, tout en écoutant d'une oreille quelque peu distraite les propos d'Unwyn, qui semblait avoir décidé de retracer toute l'histoire du Shabasma.

Oubliant les premières pages de son Ouvrage, sur lesquelles s'étalaient l'écriture et les esquisses hésitantes de la jeune fille qu'elle était alors, Ermaëlle s'attarda plutôt sur ses travaux datant de son arrivée à Hantonael. Ici et là, entre quelques essais d'enluminures, se trouvaient de quelques feuillets laissés libres, sur lesquels avaient été tracés quelques discrets portraits, ou encore des silhouettes animales. Les portraits de parfaits inconnus, pour certains. Des voyageurs de passage, qui avaient élu quelque temps domicile dans l'auberge de Jackõn, pour la plupart. Mais il y avait également quelques habitués des lieux. Ici, une jeune femme au regard félin et à la longue chevelure raide, la tête couverte d'un voile. Ses traits, quelque peu exotiques, présageaient d'une origine lointaine. Autour de son cou, au bout d'une fine chaîne, pendait une étrange amulette oblongue, couverte de symboles que l'ancienne esclave avait eu grand mal à reproduire. Ce portrait représentait la diseuse de bonne aventure qui s'installait fréquemment à l'une des tables de l'auberge. Les deux jeunes femmes avaient eu l'occasion d'échanger quelques mots, bien qu'il ne s'agissait que de politesses. Néanmoins, fort était de constater que les traits de son visage avaient marqué l'ancienne esclave.

C'était ainsi qu'Ermaëlle s'était mise à crayonner un nouveau feuillet. Trait après trait, courbe après courbe, sa nouvelle esquisse voyait le jour. De temps à autre, comme pour s'assurer de la validité de son travail, la jeune femme redressait la tête, observant discrètement son modèle quelques instants. Puis, l'ancienne esclave s'intéressait à nouveau au feuillet qui se trouvait devant elle. De son côté, Unwyn avait abordé la réputation qu'avaient les siens, ici, aux yeux des Hetenlaüdors. A ces paroles, Ermaëlle ne put retenir un soupir. Qu'importe le côté de la frontière, rien ne changeait...

« … Tandis que les gens d'au-delà des montagnes sont considérés comme des guerriers sanguinaires ou des sorcières capables de changer d'apparence. commenta la jeune femme, en cessant de griffonner quelques instants. Entendre de pareils propos dans la bouche de ceux qui semblent les plus innocents est particulièrement révélateur... Notre accent ainsi que le sang qui coule dans nos veines semblent être plus importants que nos actes... »

Bien sûr, la société dont était issue la jeune femme était très tournée vers les arts militaires, mais ce n'était pas là ses seuls aspects. Les chants, les danses et les autres amusements avaient tout autant leur place, dans les plaines enneigées que de ce côté de la frontière. Si Ermaëlle n'était pas particulièrement croyante, certains chants sacrés, certaines mélodies avaient déjà eu quelques effets sur elle. Et que dire de sa propre activité ? Si son Peuple était aussi barbare que ce que semblait croire les Hetenlaüdors, pourquoi maîtrisaient-ils aussi l'écriture et les autres arts ? N'était-ce pas la preuve d'une certaine sensibilité ? La jeune femme retint un soupir. Qu'attendaient-ils d'elle ? Il lui était impossible de changer sa nature profonde... Qu'importe ce qu'elle ferait, qu'importe ses efforts, elle resterait une nordique... Une traîtresse à leurs yeux, sans doute...

En entendant le récit de Meera, Ermaëlle ne put s'empêcher de compatir. Les mariages arrangés étaient monnaie courante dans la noblesse. Sa pauvre Nyama en avait versé des larmes, après son union. Fort heureusement pour elle, son époux s'était montré très prévenant à son égard. Qui sait, si On n'avait pas été si cruel, tout deux auraient peut-être fini par ressentir quelques sentiments l'un envers l'autre... Hélas, tout ne se passait pas toujours de cette façon... Les Herzok avaient connu leur lot d'unions malheureuses, c'était un fait... Maître Yamnos n'avait jamais porté la moindre affection à son épouse. Trop faible, cette dernière tenait plus le lit que les affaires de la maisonnée... Quant à la mère de son premier maître... Les relations avec son époux avaient toujours été des plus tendues... Dame Nyama et ses frères avaient été plus chanceux, sans doute... Comment en vouloir à Meera d'avoir voulu fuir tout cela ? D'une certaine manière, il s'agissait même d'une preuve de courage... Du moins, si l'histoire de la jeune femme était véridique...

« Unwyn a raison, continuez si cela peut apaiser quelque peu votre peine. compléta l'ancienne esclave, sur un ton doux. Certaines considèrent le mariage comme un devoir, mais j'ai connu de trop nombreuses personnes, hommes comme femmes, qui auraient sans doute préféré que les choses se passent autrement... »

Tandis que Meera contait son histoire, Ermaëlle s'était remise à son esquisse. Travailler à une heure tardive n'avait jamais été un problème pour elle. Au contraire. La nuit, tout était si calme que certains travaux en devenaient beaucoup plus simples. Bien sûr, il fallait savoir se laisser aller au sommeil, le moment venu. Les choses étaient un peu différentes, ce soir. Pour autant, l'ancienne esclave devait avouer que cela ne rendait pas son travail désagréable. Elle n'aurait pas pu travailler, si elle était retournée chez Ismelle... Les nombreuses, trop nombreuses, questions de son amie auraient sans doute eu raison de sa volonté, ce sujet...

Écoutant toujours d'une oreille les propos tenus par les deux comparses, la jeune femme peaufinait son œuvre, faisant en sorte de faire disparaître les traits inutiles. Le portrait de la diseuse de bonne aventure lui avait prit un certain temps, il est vrai. D'un autre côté, l'intéressée se rendait souvent à l'auberge, ce qui avait permit à l'ancienne esclave de faire plusieurs esquisses, avant le portrait final. Les choses s'étaient déroulées d'une pareille façon, dans le cas du portrait d'Ásmundr. Dans ce dernier cas, les travaux préparatoires avaient été particulièrement longs, l'ancienne esclave devant surtout compter sur ses souvenirs pour sa réalisation... Dans le cas présent... Ermaëlle doutait avoir cette chance. Mieux valait faire en sorte que cette première, et sans doute seule, esquisse soit correcte, bien qu'elle ne serait jamais aussi belle qu'après un travail prolongé...

L'histoire de Meera était pour le moins impressionnante... Ermaëlle se demandait même si les choses s'étaient bien déroulées ainsi... La jeune femme avait l'impression de lire un conte, comme il en existait tant... Pour autant, l'ancienne esclave préféra garder le silence. Si la famille de cette jeune femme avait accepté, de force il est vrai, son choix, soit. Cela lui avait permit de vivre son existence comme elle le souhaitait. D'une certaine manière, Ermaëlle aurait presque souhaité avoir autant de courage qu'elle, sans doute... C'est alors que les deux autres jeunes gens se turent tout deux. Quelque peu étonnée, l'ancienne esclave leur jeta un bref regard. Unwyn empoigna son verre, buvant une gorgée de son contenu. Visiblement, la dernière remarque du jeune homme semblait avoir déplu à Meera... A ce sujet, Ermaëlle ne préférait pas s'aventurer sur un tel chemin. La situation était déjà bien assez tendue actuellement...

Au moment où Meera et Unwyn échangèrent un baiser, à l'initiative de la première nommée, Ermaëlle lâcha son morceau de fusain, quelque peu surprise. La jeune femme n'osa pas intervenir, cependant. Après tout, elle ne connaissait le jeune homme que depuis quelques heures, et sa rencontre avec Meera était encore plus récente... Qui était-elle pour les séparer ? D'autant plus qu'Unwyn ne semblait pas vouloir repousser l'autre jeune femme. Aussi, l'ancienne esclave se contenta de détourner le regard. Au bout de quelques instants, les jeunes gens s'écartèrent. Tandis qu'ils échangeaient quelques mots, Ermaëlle referma son Ouvrage, ne laissant qu'un feuillet de côté.  Le livre retrouva ensuite sa place habituelle, dans la sacoche de la jeune femme. Les choses de l'amour, si on pouvait nommer cela ainsi dans le cas présent, n'avaient jamais été sa tasse de thé... Il n'y avait qu'avec Tymor, qu'un tel univers lui avait semblé compréhensible...

Unwyn semblait quelque peu mal en point... Il avait raison... Il était grand temps de partir, avant qu'il ne soit plus capable de faire un pas devant l'autre... Ermaëlle se saisit du verre qui se trouvait devant elle, avalant l'eau qu'il contenait d'un trait. Reposant le récipient, la jeune femme se leva silencieusement, son feuillet à la main. Après avoir récupérée sa sacoche, l'ancienne esclave se rapprocha de Meera, déposant délicatement l'esquisse devant elle. Ce geste accompli, Ermaëlle se retourna, s'apprêtant à rejoindre Unwyn. Comment pouvait-elle l'abandonner à son sort, alors qu'il avait fait en sorte de l'aider ? Elle se devait au moins de le ramener chez lui... C'était la moindre des choses...

« … C'est sans doute très peu de choses... avoua Ermaëlle, à l'attention de Meera. J'espère juste que vous le trouverez ressemblant, et qu'il vous apportera un peu de réconfort. »

Adressant un petit signe de la main à l'autre jeune femme, l'ancienne esclave se rapprocha ensuite d'Unwyn, qui s'appuyait toujours sur le comptoir. Délicatement, Ermaëlle prit la main libre du jeune homme, et la posa sur l'une de ses épaules, espérant qu'Unwyn raffermirait sa prise et que cela suffirait à ce qu'il tienne debout. De part sa taille et sa carrure, la jeune femme à la longue chevelure rousse doutait de pouvoir supporter aisément le poids d'un homme adulte...

« Allons y, Unwyn. Tenez-vous à moi et tout ira bien. Avez-vous déjà une adresse en ville ? » s'enquit Ermaëlle, tout en commençant à avancer.

Parvenue près de la porte, la jeune femme l'ouvrit délicatement, laissant la fraîcheur de la nuit s'engouffrer dans la pièce principale de la taverne. Ermaëlle profita quelques instants de l'air frais, avant de s’engouffrer dans la nuit. La porte claqua derrière Unwyn, une fois ce dernier sortit à son tour. En entendant un tel bruit, l'ancienne esclave ne put s'empêcher de jeter un regard derrière elle. La porte avait sans doute été refermée par l'un des clients, ou peut-être par l'aubergiste... Le regard de la jeune femme passa sur Unwyn, attendant une parole de ce dernier. Si le jeune homme voulait qu'elle le raccompagne, il fallait qu'il lui indique l'endroit où il voulait se rendre, en espérant que l'alcool n'avait pas eu raison de sa mémoire...

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