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 A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]

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Ermaëlle Fyrnam
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MessageSujet: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   Ven 14 Sep - 23:01

Ermaëlle en avait assez. Assez. Marchant d'un pas rageur, la jeune femme regardait toujours le feuillet qu'elle tenait entre les mains. Il s'agissait d'une liste dont tous les noms étaient rayés. Tous. Sans exception. Pourquoi ne la voyait-on donc pas comme une acheteuse potentielle ?! Pourquoi ?! Parce qu'elle était seule ? Parce qu'elle avait cet accent dont elle refusait de se débarrasser ?! Pourquoi ?! Elle vivait seule, mais elle vivait bien. Elle avait un accent, mais qu'est-ce que cela pouvait leur faire ?! Étaient-ils obligés de la regarder de haut, avec dégoût, quand elle se mettait à parler ?! Elle était belle, la population du pays libre ! Magnifique, même !

Déchirant sa liste en plusieurs morceaux, la jeune femme les jeta derrière elle, sans même se soucier du fait qu'une autre personne pouvait les recevoir. Elle n'était pas assez bien pour eux ?! Tout ça parce qu'elle était née du mauvais côté de la frontière ? Et encore, mauvais. Tout était relatif ! Qu'ils aillent tous rejoindre leur Dragon prophétique ! Ermaëlle en avait assez !

Assez de cette vie dont elle n'avait jamais voulu, de cet endroit qui ne semblait pas vouloir d'elle ! Assez de ces regards qu'on lui lançait en apprenant qu'elle venait de Karn ou en entendant son accent ! Assez de ses faiblesses ! Assez de ne devoir sa vie qu'à la simple chance ! La chance de n'avoir jamais croisé quelqu'un qui aurait pu lui faire du mal ! Assez de devoir vivre dans la crainte qu'On la retrouve ! Elle n'avait rien demandé de tout cela ! Rien du tout ! Elle ne voulait qu'une chose, vivre paisiblement sur les terres de l'Empire ! Pourquoi son vœu n'avait pas été exaucé ?! Si ces maudits Dieux existaient, ils étaient bien cruels envers leurs créations !

Sentant des larmes lui monter aux yeux, des larmes de rage, la jeune femme se faufila dans une ruelle, afin que personne ne puisse les voir. Elle ne voulait parler à personne ! Pas même à l'une de ses connaissances ! Ils n'éprouvaient sûrement que de la pitié à son égard ! Après tout, elle n'était qu'une toute petite chose fragile, pas vrai ?! Une petite chose fragile élevée dans le froid du Nord, mais fragile tout de même ! Qu'ils gardent tous leur pitié pour eux ! Elle n'en avait pas besoin !  Elle n'avait besoin de personne, de toute façon ! Avait-elle oublié toutes ses leçons ?! Un bon esclave ne fait confiance à personne ! Comment son cœur avait-il pu s'attendrir à ce point ?! Quelle sotte elle pouvait faire !

S'enfonçant d'avantage dans le réseau de rues et de ruelles, la jeune femme fit d'innombrable détours afin de s'assurer que personne ne pourrait la reconnaître. A force de marcher, Ermaëlle finit par se retrouver dans des rues moins fréquentées. Parfait ! Elle ne demandait pas mieux ! Bientôt, la nuit tomberait. Et elle redeviendrait enfin l'ombre qu'elle aurait toujours du être ! Mieux valait arrêter de se voiler la face ! Elle resterait toujours Ermaëlle, Ermaëlle Herzok. Ermaëlle Fyrnam n'était qu'un simulacre, rien de plus ! Elle n'était pas libre ! Elle n'était qu'une esclave en fuite ! Voilà en quoi se résumait sa glorieuse existence ! Glorieuse, tout simplement glorieuse !

Essuyant ses larmes et hâtant son pas, l'ancienne esclave risqua un regard derrière elle. Personne. Toujours personne. Mais cela ne suffisait pas. Elle savait qu'on pouvait toujours l'entendre, si elle disait quelque chose. Ermaëlle ne laisserait pas l'une des ces personnes juger son accent à nouveau. Mais où pouvait-elle bien aller ? Elle ne voulait que trouver la paix !

Trouver la paix... En voilà une bonne idée ! Elle irait là où d'autres reposaient déjà ! Au moins, ils ne pourraient pas se plaindre de son accent, eux ! Ou de ses pleurs et de ses lamentations ! La chose paraîtrait même normale ! Une femme pleurant dans un cimetière, voilà une scène des plus communes ! Tragiquement commune ! Sauf que ce n'était pas pour pleurer quelqu'un qu'Ermaëlle s'y rendait. C'était pour pleurer son ancienne vie !

Après de nombreuses et longues minutes, la jeune femme finit par trouver ce qu'elle recherchait. Pénétrant silencieusement dans le cimetière, le regard d'Ermaëlle passa sur les nombreuses tombes, avant de se reporter sur les allées puis sur le ciel. Le crépuscule laissait peu à peu place à la nuit. Elle était seule et espérait bien le rester aussi longtemps que possible ! Jusqu'au lendemain, même ! La nuit portait conseil, disait-on ! Eh bien, l'ancienne esclave les attendait, ces conseils !

Ermaëlle finit par s'arrêter, ayant remarqué une tombe fort vieille, dont le nom du propriétaire était totalement effacé. Il ne restait guère qu'une pierre tombale, et pas une fleur n'était présente. Un oublié de plus. Comme elle. La jeune femme poussa un long et profond soupir. Voilà ce qui l'attendait, à vivre ici. Exactement le même sort que les autres esclaves, mais de l'autre côté de la frontière. Une tombe qui finirait par être oubliée et que personne ne viendrait plus fleurir, si quelqu'un la fleurissait à une époque. Voilà ce qu'était son avenir. Elle n'était qu'une inconnue, une étrangère. Et elle le resterait.

« Alors, c'est ainsi que se termine l'histoire ? demanda Ermaëlle, à voix haute. J'aurai du mourir à Karn, sous les coups de ces hommes ! Cela m'aurait évité bien des peines ! Pour mourir en inconnue, j'aurai préféré être enterrée sur mes propres terres ! J'aurai peut-être eu la chance d'y retrouver mon sang ! Ici, je n'aurai jamais rien, de toute façon ! Ni famille, ni logis, ni reconnaissance ! Qu'On revienne ! Je l'attends ! Je me laisserai faire ! De toute façon, je n'ai rien pour me protéger de lui ! Pas même une épée ! Une esclave ne manie pas l'épée ! J'aurai du m'en souvenir ! »

A la fin de sa tirade, Ermaëlle se laissa tomber contre la pierre tombale anonyme, ne réprimant même pas le petit cri de douleur provoqué par ses jambes douloureuses. Ces entraînements ne lui avaient procuré rien d'autre que des ecchymoses ! Elle ne savait pas mieux manier une épée qu'un boucher ! Et encore, un boucher aurait plus de facilités qu'elle ! Après tout, une épée n'était rien d'autre qu'un couteau particulier ! Elle n'était même pas capable de blesser quelqu'un ! A quoi bon continuer les frais ?! Le moment venu, Ermaëlle ne serait qu'une proie facile, rien de plus ! Elle ne faisait que repousser une fatale échéance !

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Unwyn Dæmyar

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   Dim 16 Sep - 17:04



Le cimetière hérissait ses pierres tombales sous la lumière du couchant. C’était un endroit silencieux et vide de monde. L’on entendait quelques fois une veuve éplorée qui venait s’agenouiller auprès d’une tombe, mais il n’y avait autrement que des passereaux pour bercer le sommeil des défunts sous la terre. Même si cela le rendait souvent bien triste, Unwyn appréciait de temps à autres le silence. Lui qui d'ordinaire réfléchissait assez peu allait méditer, songer et rêver en errant, fantôme doux, à travers les allées pierreuses où l’herbe s’obstinait à trouver un moyen de pousser.

Et sans se questionner sur les normes de respect et de bienséance, l’homme enjambait les tombes, grimpait sur les mausolées et s’adossait aux stèles, sans mauvaise intention, seulement pour profiter au mieux d’une expérience sensorielle que lui offrait cette part de nature en bordure de la ville.
Il avait passé une journée particulièrement animée. Et surtout, il avait bien trop réfléchi. Et diable ce qu’il n’aimait se casser la tête avec de la paperasse, argumenter avec la prose des banquiers et l’éloquence d’autres charlatans qui se faisaient passer pour de grands marchands auprès des étrangers. Il venait d’arriver à la fière capitale d’Hentenlaüd, pays bien connu pour sa prospérité et l’abondance de ses richesses, avec l’espoir de faire fortune en comptant sur ses dispositions pour le métier de tailleur. Il était arrivé confiant, certain de rivaliser avec les plus grandes galeries, mais s’était trouvé bien désarçonné en voyant le détail et le raffinement des atours de certaines précieuses Dames qui circulaient dans les rues. Il allait devoir se livrer corps et âme à son ouvrage s’il voulait s’élever à la hauteur de ses ambitions, et dompter les goûts capricieux de cette populace. Il allait devoir étudier minutieusement.

Unwyn jeta sa tête en arrière en s’ébouriffant. Une chose à la fois. Trouver un logement, un emplacement pour sa boutique, idéalement superposés ou juxtaposés. Il devait aussi prendre en compte Miscó. La jument méritait davantage qu’un abri petit et fermé.
Il y avait tant de choses à prendre en considération… C’était un labyrinthe de choix et il y avait au moins autant de sorties vers le désastre que de sorties aboutissant au succès.

Quoi qu’il en soit, après toutes ces tortures, cette quiète promenade au cimetière était plus que bienvenue.
Il allait vers un coin tranquille, où se lamentait un cèdre pleureur qui balançaient ses épines bleues sous la brise. En passant devant une sépulture, Unwyn manqua de faire tomber un vase dont le bouquet était sec et flétri. Il le rattrapa tout juste, non sans éprouver une sueur froide, et se félicita de son réflex. Puis, il entendit une voix derrière l'arbre.

« Alors, c'est ainsi que se termine l'histoire ? J'aurai du mourir à Karn, sous les coups de ces hommes ! Cela m'aurait évité bien des peines ! Pour mourir en inconnue, j'aurai préféré être enterrée sur mes propres terres ! J'aurai peut-être eu la chance d'y retrouver mon sang ! Ici, je n'aurai jamais rien, de toute façon ! Ni famille, ni logis, ni reconnaissance ! Qu'On revienne ! Je l'attends ! Je me laisserai faire ! De toute façon, je n'ai rien pour me protéger de lui ! Pas même une épée ! Une esclave ne manie pas l'épée ! J'aurais dû m'en souvenir ! »

Unwyn ouvrit de grands yeux, et se redressa. Quoi ? Qu’ouït-il ? Une demoiselle en détresse ? Voilà qui réveilla ses vieux instincts chevaleresques, ses valeurs de galanterie, d’honneur et de noblesse.
Il contourna l’arbre pour voir le visage de la pauvre Dame qu’il s’en allait secourir. Elle était comme une flamme, ses longs cheveux adorablement roux étaient sublimés par la rougeur du ciel du soir. Ah, elle n’avait rien des dindes qui peignaient leurs mouches et serraient leur corset jusqu’à l’étouffement !

Amusé, Unwyn joignit les mains derrière son dos. Heureusement pour sa crédibilité, il n’avait pas de rose entre les dents, mais il était déjà bien suffisamment paré de son grand sourire caractéristique.

« Ma Dame, est-ce bien de la peine que je discerne dans votre voix ? Vous parlez avec tant de fatalité… Puis-je vous demander ce qu’il vous arrive donc ? » s’enquit-il, tête penchée.

Et comme il était habitué à être entouré de sa famille originaire du nord, il ne prêta même pas attention à cet accent rude qui ornait la voix de la jeune femme, car il n’avait pour lui rien d’exotique.
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Ermaëlle Fyrnam
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   Dim 16 Sep - 22:18

Toujours adossée à la pierre tombale, Ermaëlle replia ses jambes, ramenant ses genoux contre son menton. D'un mouvement de bras pour le moins las, la jeune femme couvrit ses jambes de sa longue et épaisse cape sombre, se protégeant ainsi de la fraîcheur de la nuit. Fraîcheur dont elle ne se plaignait pas, au demeurant. L'ancienne esclave était habituée au froid. Cette fraîcheur était même agréable, d'une certaine façon. Mais ainsi enveloppée, Ermaëlle avait l'impression de se confondre avec l'ombre ambiante, de ne faire qu'un avec elle.

« Ma Dame, est-ce bien de la peine que je discerne dans votre voix ? Vous parlez avec tant de fatalité… Puis-je vous demander ce qu’il vous arrive donc ? » s’enquit une voix masculine.

Perdue dans ses pensées, la jeune femme n'avait même pas prit garde aux bruits annonçant la venue d'un autre Être en ces lieux. Pourtant, des pas s'étaient bel et bien rapprochés. Aussi, Ermaëlle sursauta en entendant la voix du nouveau venu. Cependant, l'ancienne esclave se remit rapidement de sa surprise, dardant le jeune homme d'un regard froid. Et dire qu'elle pensait trouver la paix ici ! Surtout à une heure pareille ! La jeune femme s'était bien trompée ! Une fois de plus ! Elle devrait en avoir l'habitude, à force !

« … En quoi cela vous regarde-t-il ?! lança Ermaëlle, d'une voix emplie d'une profonde colère. Vous aussi, vous allez vouloir m'aider ?! Sottises ! Vous ne pouvez rien pour moi, pas plus que les autres ! Fichez-moi le camp ! Je n'ai que faire de votre pitié ! Allez-vous-en ! »

La jeune femme avait presque hurlé ses derniers mots, des larmes de colère, de rage et de tristesse coulant sur ses joues. Mais Ermaëlle n'avait que faire de ses propres larmes. Malgré leur présence, elle fixait toujours le nouveau-venu, attendant son départ. Qu'attendait-il pour déguerpir ?! Ah oui, elle avait oublié ! Personne ne risquait de la prendre au sérieux, personne ! Après tout, elle n'était qu'une adversaire, une ennemie ! Et ce, même si ses jambes étaient en charpie, couturées de cicatrices, et d'ecchymoses ! Même si l'ancienne esclave qu'elle était n'avait jamais touché une épée avant son arrivée en ces lieux ! Alors qu'elle avait aidé des gens dans une pire situation que la sienne, qui n'avaient même pas les mots et les livres pour s'évader ! Elle avait écrit pour eux, elle les avait entendu parler de leurs malheurs et de leurs joies, les avait même rassurés que cela s'était révélé nécessaire ! Mais malgré tout, Ermaëlle n'était qu'une ennemie, une sorcière au cœur de glace venue du nord !

Personne ne voyait donc tous les efforts que la jeune femme avait fait pour s'intégrer ?! A son chevet, on ne trouvait que des livres parlants de ce Royaume, qui lui était encore méconnu ! Des livres d'Histoire, de lois, de coutumes ou de traditions ! Ermaëlle allait finir par en savoir plus que certains habitants de la capitale, à force de compulser autant d'ouvrages ! Mais non, aux yeux de certains, elle restait, et resterait, une étrangère !

Et pourquoi donc ? Juste parce qu'elle restait attachée à son accent, sa manière de parler ? Parce qu'il lui arrivait de conter des histoires qu'elle avait entendu pendant son enfance ? De penser à Maître Dyarm, à Dame Nyama ou à d'autres esclaves ? Parce qu'elle n'était pas encore familière des us et coutumes de ce Royaume ? Ermaëlle ne pouvait tout de même pas effacer toute sa vie pour faire plaisir aux gens vivants en ces lieux ! Ils n'avaient pas le droit de lui imposer un tel calvaire ! Ils n'en avaient pas le droit !

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Unwyn Dæmyar

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   Lun 1 Oct - 22:38



La jeune femme à la chevelure flamboyante redressa la tête avec brusquerie.

« … En quoi cela vous regarde-t-il ?! Vous aussi, vous allez vouloir m'aider ?! Sottises ! Vous ne pouvez rien pour moi, pas plus que les autres ! Fichez-moi le camp ! Je n'ai que faire de votre pitié ! Allez-vous-en ! »

Unwyn arqua les sourcils et ouvrit de grands yeux étonnés. Voilà qui était bien rude ! Cela dit, c’était tout naturel. Cette Dame déboussolée n’était visiblement pas en état de recevoir ni aide ni soutien. Mais Unwyn ne voulut pas se résoudre à lâcher prise, et à la laisser tranquille. Non, il était de son devoir de gentilhomme de la consoler ! De lui rendre sourire et joie !

Le jeune homme leva innocemment les mains en haussant les épaules, ne se laissant pas désarçonner par la violence de ces mots qui le rejetaient. Ce n’était que des mots. Bien au contraire, cela ne fit, en un sens, que l’égayer.

« Allons, allons ! Je vois bien que vous n’êtes pas d’humeur à recevoir une quelconque compagnie, mais je ne peux pas me permettre de laisser une Dame en proie à ses démons. » Unwyn s’approcha et s’installa en face de l’inconnue, prenant l’allure d’un grand sage, repliant son long manteau sous lui pour s’asseoir dessus. « Je vous vois épancher vos larmes auprès d’une tombe. Auriez-vous perdu quelqu’un récemment ? » hasarda-t-il en essayant de se montrer délicat.

S’il avait eu des lunettes, il les aurait chaussées comme un médecin pour se donner un style professionnel. Mais il allait rester poète pour ce soir. Par rapport à tous les défis d’intelligence qu’il avait dû réaliser dans la journée, et avec lesquels il s’était senti assez peu à l’aise, ce dernier lui semblait bien plus relevable.

Comme la jeune femme ne disait toujours rien et le regardait avec une fureur telle qu’elle aurait fait fuir un dragon, il ajouta pour justifier son entreprise et peut-être espérer l’apaiser un peu.

« Je ne vous veux rien de mal ma Dame. Je suis un être de bien, je crois. Et quelqu’un que je sais très sage m’a un jour dit simplement que “un problème une fois partagé, en mobilisant les esprits, se trouve alors potentiellement moins irrésoluble.” S’il faut j’attendrai. Mais partir en vous laissant dans un état pareil, ce serait violemment heurter mes valeurs. Allons, je vais me taire un peu. Pour ne pas vous agacer davantage, je vais respecter le silence que vous me commandez. »
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Ermaëlle Fyrnam
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   Mer 3 Oct - 0:24

« Allons, allons ! Je vois bien que vous n’êtes pas d’humeur à recevoir une quelconque compagnie, mais je ne peux pas me permettre de laisser une Dame en proie à ses démons. Je vous vois épancher vos larmes auprès d’une tombe. Auriez-vous perdu quelqu’un récemment ?  »

Ermaëlle n'avait rien d'une Dame ! Quand allait-on le comprendre ?! Elle n'en avait que les manières, et encore ! Elle n'était qu'un simulacre, un reflet quelque peu déformé d'une femme de la noblesse de Karn ! Nyama était une vraie Dame, elle ! Et était-ce si compliqué d'avoir un peu de calme dans cette ville ?! A croire que les habitants de cette capitale ne dormaient jamais ! Même en pleine nuit, certains trouvaient judicieux le fait de se promener !

Perdre quelqu'un... Quelle douce ironie ! Ermaëlle n'avait plus rien ! Le mot famille lui était inconnu ! On l'avait arraché aux bras de sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant ! Peut-être même que c'était sa propre mère qui l'avait vendu ! C'était possible, après tout ! Les plus pauvres en arrivaient parfois à cette extrémité, pour survivre ! Quand l'hiver était trop rude, certaines familles ne pouvaient pas se permettre d'avoir des bouches inutiles à nourrir !

« Vous savez que je ne viens pas d'ici. Tout le monde le sait ! Qui aurais-je pu perdre en ces lieux ?! Personne, la réponse est pourtant fort simple ! Je n'ai personne ! Les liens de sang ne veulent rien dire, pour moi ! Je laisse ça aux habitants de ces lieux ! Ils comprennent bien mieux le monde que moi, il semblerait ! » s'exclama la jeune femme, sur un ton cinglant.

L'ancienne esclave n'avait que faire du ton délicat de cet inconnu. Le dardant toujours de ce même regard froid, Ermaëlle aurait tout donné pour le voir disparaître ! Que lui voulait-il, enfin ?! Elle ne voulait pas de son aide ! Pourquoi persistait-il dans cette voie ?! Pourquoi s'était-il installé avec elle ?! Il n'avait donc rien de mieux à faire ?! Ses problèmes n'appartenaient qu'à elle seule ! Si la jeune femme ne pouvait se protéger, elle ne voulait pas partager son sort avec d'autres personnes ! Elle aurait du garder ce maudit ouvrage et le brûler ! Ses affreux secrets auraient disparu avec lui, ainsi ! Si la jeune femme avait ainsi agis, la situation serait la même, si ce n'est qu'On ne pourrait pas récupérer ce qu'il recherchait tant. Sa vie ne vaudrait pas plus mais au moins, elle n'aiderait jamais ces criminels ! Ils auraient pu la torturer, la tuer, cela n'aurait rien changé ! Le feu ne pouvait pas parler !

« Je ne vous veux rien de mal ma Dame. Je suis un être de bien, je crois. Et quelqu’un que je sais très sage m’a un jour dit simplement que “un problème une fois partagé, en mobilisant les esprits, se trouve alors potentiellement moins irrésoluble.” S’il faut j’attendrai. Mais partir en vous laissant dans un état pareil, ce serait violemment heurter mes valeurs. Allons, je vais me taire un peu. Pour ne pas vous agacer davantage, je vais respecter le silence que vous me commandez. »

« Vous ne pouvez rien pour moi ! D'autres ont déjà essayé ! Et à quoi a servi leur aide ? Je vous donne la réponse. A rien ! Strictement à rien ! Je ne suis pas plus heureuse qu'avant et encore moins en sécurité ! Ces murailles ne peuvent pas protéger de toutes les attaques ! Mais ils ne le comprennent pas... Pour eux, je ne suis sûrement qu'une bizarrerie ! Une bizarrerie venue du Nord qu'il faut acclimater ici par tous les moyens, quand bien même ce n'est pas ce qu'elle désire ! Avez-vous un rêve ? Je suppose que oui ! J'en avais énormément, des rêves... Avant. Maintenant, ce sont des cauchemars qui animent mon être. Je ne vis que dans l'attente du prochain, en espérant qu'il sera le dernier. Mais à chaque fois... A chaque fois... A chaque fois un pire encore le remplace ! A chaque fois ! »

Ermaëlle avait hurlé ses derniers mots. Un hurlement de colère, mais surtout d'immense peine. Qu'elle aurait aimé rester ignorante ! Il n'y avait rien de pire que le savoir ! Il n'apportait pas que le pouvoir ! Il était aussi l'annonciateur des pires drames ! Le visage baigné de larmes, la jeune femme enfouit son visage dans son épaisse cape, étouffant ainsi quelque peu ses sanglots. Qu'elle aurait aimé être chez elle, à cet instant. Auprès des autres esclaves, autour du feu. Correspondre avec Maître Dyarm. Qu'elle aurait aimé retrouver Nyama, discuter avec elle, lui faire la lecture ! Mais c'était impossible. Tout simplement impossible...

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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   Mer 10 Oct - 21:42




« Vous ne pouvez rien pour moi ! D'autres ont déjà essayé ! Et à quoi a servi leur aide ? Je vous donne la réponse. A rien ! Strictement à rien ! Je ne suis pas plus heureuse qu'avant et encore moins en sécurité ! Ces murailles ne peuvent pas protéger de toutes les attaques ! Mais ils ne le comprennent pas... Pour eux, je ne suis sûrement qu'une bizarrerie ! Une bizarrerie venue du Nord qu'il faut acclimater ici par tous les moyens, quand bien même ce n'est pas ce qu'elle désire ! Avez-vous un rêve ? Je suppose que oui ! J'en avais énormément, des rêves... Avant. Maintenant, ce sont des cauchemars qui animent mon être. Je ne vis que dans l'attente du prochain, en espérant qu'il sera le dernier. Mais à chaque fois... A chaque fois... A chaque fois un pire encore le remplace ! A chaque fois ! »


Tout du long qu’elle parlait – ou criait – Unwyn gardait les yeux baissés. Il l’écouta attentivement, en clignant lentement alors qu’il fixait au pieds des tombes quelques les nids de fleurs d’automne encore écloses.
Autant qu’il saisissait le sens de ces phrases, et peut-être même plus encore, il apprécia la richesse de sa langue et la poésie qu’elle y mettait à traduire tant bien que mal ses maux en mots. En cela, il crut comprendre qu’elle n’était pas une simple paysanne inculte ; mais une Dame de savoir et de raffinement. Bien usée déjà, sa voix finit cependant par se briser, et dans un ultime élan d’émotion, se mua en sanglots affolés. Elle plongea son visage dans sa cape, misérablement recroquevillée.
Ému mais calme, le jeune homme la laissa aller encore un petit instant, se mettant distraitement à enfiler des pâquerettes.

« Eh bien, quel organe…! » plaisanta-t-il en s’accoudant à ses genoux. Il marqua un temps, évaluant sa chenille de pâquerettes. (oue oue) Puis questionna : « Vous venez de Kartendark ? Quelle heureuse coïncidence ! Je suis moi-même originaire de Karn. Oui, je sais, je sais, je n’en ai pas vraiment l’air. Quoique, je me trouve tout de même un certain charme nord… Enfin. Enfin tout cela est une longue histoire. Tout cela pour vous dire que moi-même je suis étranger. En fait, je suis nouveau en ville. Et même en Hetenlaüd.»

À dire vrai, il se demandait bien pourquoi elle souffrait ainsi – car visiblement, elle avait l’air de souffrir beaucoup – et comment cela se faisait-il. Cependant, le lui demander était comme remuer le couteau dans la plaie et c’était loin de là son intention. Comme il tenait lui recoudre le coeur, revenant sur un détail qu’il croyait mal avoir compris, il interrogea :

« Qu’entendiez-vous par “cauchemars”, ma Dame ? »

_________________
Monsieur parle en 92cdbb

Grand, silencieux, mobile océan d’or
Illumine mes yeux quand le Soleil s’endort.

Je rêve de voguer sur le doux dos des dunes
avançant, sans regret, au gré de la fortune.
Pâle lune de nacre, carillon des étoiles
Donnez donc à mes songes . . . . . .
. . . . . . quelques reflets opals.

J’essaie de rebâtir mes mondes chimériques
Mais je ne construis que des palais hystériques.
Car l’horizon troublante de la vastitude
Me manque.
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Ermaëlle Fyrnam
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MessageSujet: Re: A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]   Jeu 11 Oct - 23:12

« Eh bien, quel organe…! remarqua le jeune homme, sur le ton de plaisanterie, avant de marquer une pause. Vous venez de Kartendark ? Quelle heureuse coïncidence ! Je suis moi-même originaire de Karn. Oui, je sais, je sais, je n’en ai pas vraiment l’air. Quoique, je me trouve tout de même un certain charme nord… Enfin. Enfin tout cela est une longue histoire. Tout cela pour vous dire que moi-même je suis étranger. En fait, je suis nouveau en ville. Et même en Hetenlaüd. »

« Alors je vous souhaite de ne jamais connaître mes déboires... Soyez heureux en ces lieux, si vous le pouvez... Mais votre voix sonne clair... Vous devriez avoir plus de chance que moi... » bredouilla Ermaëlle, amère.

Essuyant ses larmes d'un revers de sa manche, la jeune femme finit par remarquer le curieux assemblage floral. Ce jeune homme était décidément bien étrange... Venir dans un cimetière pour fabriquer des couronnes de fleurs, en voilà un comportement pour le moins particulier... L'ancienne esclave poussa un nouveau soupir. Elle avait bien du mal à croire qu'elle et l'inconnu étaient tous deux originaires de l'Empire, et de Karn, a fortiori. La teinte de sa peau lui faisait plutôt penser à un habitant du Laïos ou de l'Archipel de l'Ouest, peut-être. A moins qu'il ne s'agisse d'un métisse, comme l'était Farban... C'était possible, après tout, et cela expliquait aisément la couleur de sa chevelure ainsi que son absence d'accent... Au moins, les habitants le verraient peut-être d'un œil plus chaleureux, même si les Nations du Laïos avaient laissé de très mauvais souvenirs à une partie de la population du Royaume...

« En effet... Si vous ne me l'aviez pas annoncé, j'aurai mis ma main au feu que vous étiez originaire du Laïos ou de l'Archipel de l'Ouest. avoua Ermaëlle, sur un ton quelque peu abrupt. Vous recevrez sûrement un meilleur accueil que celui qui fut le mien. En tout cas, je l'espère pour vous... » termina la jeune femme, sur le même ton.

Prudemment, la jeune femme se redressa, remettant sa cape convenablement. Reniflant à la fois par dédain et par chagrin, Ermaëlle se détourna de l'inconnu, prête à lui fausser compagnie. Si sa colère semblait s'être apaisée, il n'en était rien. La chaleur qui l'avait envahit quelques instants auparavant s'était muée en une colère froide, glacée. Une colère d'esclave, comme le disait parfois Maître Dyarm. Ne pouvant exposer leur frustration publiquement, les gens de sa condition se devaient de se défaire de leurs sentiments à l'insu de tous. Et c'était ce qu'Ermaëlle comptait faire. Et pour cela, la présence d'un inconnu ne lui était guère utile.

« Qu’entendiez-vous par “cauchemars”, ma Dame ? »

Quand l'inconnu l'interrogea sur ses cauchemars, Ermaëlle s'arrêta. Il y avait tant à dire sur cette question... Et si le sommeil de la jeune femme n'était pas des plus sereins, ce n'était pas pour autant qu'elle parlait de ce type de cauchemars. Vivre était devenu son cauchemar, son calvaire, à l'instant même où elle avait posé son regard sur ce maudit livre ! A Karn, elle aurait pu vivre la vie qui lui convenait, aux côtés de Dame Nyama et de Maître Dyarm ! Mais On en avait décidé autrement et l'avait jeté sur les routes, elle, une esclave à talent qui n'avait jamais demandé une pareille chose ! Et même après être arrivée ici, à Hetenlaüd, rien n'avait changé ! Elle avait travaillé pour mieux tout perdre par la suite ! Déjà que la jeune femme n'avait pas grand chose ! Si elle perdait le peu qui lui restait, il ne lui resterait plus qu'à s'en retourner sur les routes pour fuir ce nouveau cauchemar au plus vite !

« … Je n'ai pas quitté Karn par choix... On m'y a forcé... J'ai tout perdu, et naïvement, je pensais peut-être trouver un peu de paix en ces lieux... Et je me suis lourdement trompée... Et cessez de m'appeler '' Dame '' . Je n'en ai que les manières, pas le sang. » maugréa Ermaëlle.

La jeune femme resta immobile un moment, croisant ses bras au niveau de son ventre. Aurait-elle du continuer de fuir ? Peut-être... Mais pour aller où ? Viteneul aurait peut-être bien voulu d'elle... Ou peut-être l'Archipel de l'Ouest. Pourquoi pas, après tout ? Tout aurait mieux valu que ce Royaume... Absolument tout... Cela lui aurait permit de se faire oublier un peu... Ermaëlle ne savait même pas pourquoi elle s'était arrêtée à Hantonael... Peut-être parce que cette ville lui rappelait son foyer, d'une certaine façon ? Non, c'était absurde... Totalement absurde...

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Merci à notre chère fonda pour cette magnifique image et pour cet avatar. ^^

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A l'ombre des tombes. [ PV Unwyn Dæmyar. ]
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